La revue de presse de Dalyna











{février 12, 2008}   Un racisme (extra)ordinaire

Je voudrais aborder un sujet très important pour moi, mais en même temps, je ressens un certaine réticence à le faire. Cela provient de la façon dont pourront être interprétés mes dires. Pourtant, je vais tout de même m’essayer à cette tâche car cette situation me prend aux tripes. Cet article me vaudra sans doute des critiques, mais qu’importe, chacun en pensera ce qu’il voudra, l’essentiel étant pour moi de livrer ce que j’ai sur le cœur.

Tout le monde connaît le racisme de base, bête et méchant, qui pousse une personne à en haïr une autre non pas pour ce qu’elle fait, mais juste pour ce qu’elle est. Dans nos sociétés occidentales, les premières victimes sont souvent des personnes de couleur ou ayant des origines maghrébines, turques, tsiganes et autres… En bref, les personnes d’une autre confession et/ou d’une autre couleur de peau que l’image immaculée du blanc. Avant de poursuivre, je tiens à insister sur le caractère nauséabond du racisme en général, qui est et demeure pour moi ce qui existe de plus détestable chez l’Homme, puisqu’il a inspiré les pires horreurs que l’Humanité ait connue : l’esclavage, la colonisation, la shoah, et la plupart des guerres que le monde connaît.

Cela étant dit, en parallèle de ce racisme là, il en existe un autre dont personne ne parle jamais. Disons que cela n’est pas politiquement correct et que nous nous imaginons sans doute à tort que le simple fait de le mettre en lumière risquerait de faire de l’ombre au « racisme traditionnel » que nous connaissons tous, c’est-à-dire du blanc envers le noir. Or, il en existe une autre forme. Je n’irais pas jusqu’à reprendre l’expression « racisme anti blanc » dont nous avons été bassinés à l’époque des manifestations anti CPE, mais c’est tout comme.

Je suis d’origine berbère. Mes deux parents viennent de Kabylie, une belle région de l’Algérie. Mes deux grands pères ont travaillé près de quarante ans en France et mes parents sont arrivés ici dans les années 70. Ma fratrie et moi sommes tous français. Nous avons été éduqués dans des valeurs de respect de l’autre, de tolérance et d’honnêteté. Il y a souvent quelque chose de très droit chez les kabyles, réputés pour éduquer leurs enfants à la dure. Pour eux, mieux vaut trop honnête que pas assez.

Aujourd’hui, j’ai 27 ans et j’ai rencontré l’homme de ma vie en la personne d’un français dit de souche. Si dans nos familles, cela a été bien accepté, étrangement nous subissons en revanche de la part d’inconnus des pressions incompréhensibles et désagréables au quotidien. C’est devenu une routine : quasiment à chaque balade, des regards noirs de haine dans notre direction et des phrases insultantes à mon égard, la « pute » qui sort avec un français. Vous l’aurez compris, ces regards inquisiteurs proviennent des premières victimes du racisme en France, de celles qui si souvent s’évertuent à dénoncer cette abomination mais tout en agissant de la même manière en retour : des arabes ou français d’origine arabe. Ils ne tolèrent pas de voir un blanc « voler » une femme de leur tribu. Sauf que nous ne sommes ni de la même tribu, ni de la même espèce. Je n’ai rien de comparable de près ou de loin avec ce type d’individus et leur mentalité.

Parfois, ils ne se contentent pas de nous regarder de travers. En effet, ce 31 décembre 2007, cela a bien failli dégénérer. Alors que mon ami et moi nous dirigions tranquillement vers la gare rejoindre des amis pour réveillonner, deux individus croisent notre route. Si mon ami m’affirmera plus tard avoir croisé leurs regards emplis de haine à notre égard, personnellement je ne les ais même pas vus… Du moins, jusqu’à ce que l’un d’eux me glisse à l’oreille un vulgaire « grosse pute ». L’espace d’une seconde, j’ai l’impression d’avoir halluciné tant cette insulte me choque profondément et me semble totalement injustifiée. Je me retourne et là, je m’aperçois que ce n’est ni un délire ni une erreur. Le grossier personnage se retourne également, affichant un visage plein de mépris à mon égard. Je le vois s’agiter dans tous les sens et même si je n’entends pas ce qu’il dit car il s’éloigne, je devine bien que ce ne sont pas des mots doux. Blême, et bien qu’étant blessée de cette violence gratuite, je poursuis néanmoins ma route, accrochée au bras de mon ami qui est tout aussi outré. Tout en avançant vers l’escalator, je peine à me calmer. Je me retourne une dernière fois, et là, il me fait carrément un bras d’honneur. Intérieurement, je brûle et je ne peux plus contenir. Je lui hurle que s’il a un problème, qu’il vienne me le dire. Prenant un air de Rambo, il accourt vers nous pensant sans doute que la panique allait nous gagner et que nous allions vite décamper. Or, je ne bougerais pour rien au monde après ce que j’ai entendu. Enragée par l’insupportable injustice dont nous sommes victimes, et sous l’emprise d’une force inébranlable, je suis prête à lui rentrer dans le lard, qu’il souffre, qu’il meurt sur le champ. Impossible d’oublier et de tracer ma route après ces propos. Arrivé devant moi, nos visages se touchent quasiment, et il m’explique alors dans une rage non contenue ce qui me vaut cette charmante insulte : « Tu sors avec un français, t’es une pute, tu te fais baiser… ». Formidable. Ne maitrisant visiblement pas la langue française, je devine qu’il vient tout juste de débarquer. En revanche, les insultes et les obscénités n’ont aucun secret pour lui. Cela fuse, et très vite, je le rejoins dans cette surenchère. Je lui hurle mon dégoût et je l’insulte à mon tour. Après quelques péripéties qu’il est inutile d’énumérer, il repartira finalement comme un il est venu, c’est-à-dire un chien galeux étouffé de frustration. Il mimera du bas de l’escalator des gestes sexuels, et pour le faire éclater de rage, je conclus en lui confirmant que c’est bel et bien ce que je ferais à mon mec que cela lui plaise ou non.

Cet épisode n’a pas gâché ma soirée, mais il m’a réellement perturbée et continue de me revenir en tête lorsque je m’aperçois de jour en jour que ce n’est pas une anecdote isolée, loin de là. Samedi dernier encore, nous croisions deux personnages qui nous regardent de travers et qui, arrivés à notre hauteur, expriment un provocant « les meufs comme ça… ». Si dans le cas précédent, cela concernait un étranger, cette fois-ci, ce fût bel et bien un français d’origine maghrébine. Et cela continue, encore et encore…

Je ne peux exprimer la révolte qui est en moi dans ces moments là. On me condamne parce que j’aime un homme d’une autre origine que la mienne. Je ne me retrouve pas dans ces mœurs et je suis choquée que cela arrive en France en 2008. Si j’ai hésité à poster sur ce sujet, c’est parce que je suis bien consciente que ces histoires sont les plus propices à être récupérées par les fascistes, quels que soient leurs bords : voilà une histoire qui régalera à la fois Le Pen et Sarkozy qui assimilent tous les étrangers à des personnes ne souhaitant pas s’intégrer, comme les extrémistes islamistes proches du discours des horreurs qui croisent ma route au quotidien pour me taxer de « fille qui renie ses origines ». Je renierais mes origines parce que je veux dire la vérité ? Au contraire, je les aime trop pour accepter qu’elles soient assimilées à des comportements pareils, et les dénoncer me semble aujourd’hui plus qu’urgent. Quant à la thèse de Le Pen qui voudrait associer ces comportements à un problème culturel est d’une débilité profonde. Ma famille et la majorité des personnes d’origine étrangère qui vivent en harmonie avec les autres en sont la preuve. Il ne s’agit pas pour moi de stigmatiser les maghrébins, mais je ne veux pas me taire, même s’il s’agit d’une minorité.

Car cette minorité commence à prendre de la place malgré tout. Cela devient lassant de se voir agresser jour après jour par des inconnus au comportement intolérable. Quand je pense que des familles africaines ou kosovares se font expulser alors qu’ils ne demandent qu’à vivre en paix en France, et que d’autres jouissent de la nationalité française mais sont des fascistes en puissance, cela me fait froid dans le dos et m’inquiète sur l’avenir de la France. Je suis outrée en tant que citoyenne de ce pays, et en tant que femme aussi. Car voyez-vous, dans mon entourage moult hommes d’origine maghrébine sortent avec des françaises, mais curieusement, eux ne se voient jamais critiqués par les badauds. Il semble que la mixité soit tolérée d’une part, mais pas de l’autre. Evidemment. Lorsque c’est un homme, on félicite le tombeur qui a su s’attirer les faveurs d’une bourgeoise, mais dès lors qu’il s’agit d’une femme, qu’on la pende sur la place publique cette fille de petite vertu ! Autre chose : ces multiples agressions dont nous sommes la cible met en lumière également la grande lâcheté de ces auteurs. Dans l’imaginaire collectif, un français est un homme peu violent, calme et bien élevé. Donc, lorsqu’ils me voient avec mon ami, ces mecs ne se privent pas de montrer leur hostilité, ne craignant rien en retour. En revanche, si à mes côtés figurait un noir, davantage réputé pour avoir le sang chaud, bien qu’ils seraient sans doute doublement choqués de cette union, je suis convaincue qu’ils réfléchiraient à deux fois avant d’agir. Même si tous ces stéréotypes sont stupides, je les cite non pas comme des références, mais simplement parce qu’hélas, les gens agissent souvent en fonction de cela. Surtout les lâches.



{février 6, 2008}   Obama casse la Baraque

Selon un sondage CSA/Le Parisien*, 38% des Français voteraient pour Barack Obama lors des primaires contre 36% pour Hillary Clinton. Peut-on déduire d’un réel plébiscite pour le candidat métis ? L’écart semble un peu faible pour cela. Toujours est-il que ces chiffres interrogent. Comment expliquer que de l’autre côté de l’Atlantique, les choses paraissent toujours plus glamour, plus belles, bref plus acceptables ? En effet, quand on sait qu’en France, les personnes noires ou qui portent des noms à consonance trop exotique se voient si souvent refuser un simple travail ou logement, comment peut-on croire qu’un président noir pourrait se faire élire en France ? Ou alors cela signifie t-il simplement que nous devenons incroyablement tolérants dès lors que nous ne sommes pas touchés directement ? “Fais ce que je dis, pas ce que je fais” en somme.

Surtout s’il s’agit des Etats-Unis. Car le pays du “rêve américain” inspire tant et tellement les foules que tout ce qui vient de là bas est tantôt reçu avec admiration, tantôt avec un mépris inconsidéré. Au point que le charismatique Obama fait oublier sa couleur de peau à un peuple qui vient d’élire un président tellement à droite qu’il frôle son extrême. Au point également de juger à tout va sans prendre le temps de balayer au préalable devant sa porte. Ainsi, ce matin, au cours d’un débat sur France Culture*, l’une des journalistes se hérisse lorsqu’Olivier Duhamel affirme que « nous sommes tous américains ». Elle explique cette réaction épidermique par le fait qu’il y a tant d’inégalités aux Etats-Unis qu’elle ne se reconnaît pas dans ce pays. L’invité John Rossant, ancien directeur de la rédaction de Business Week en Europe et Vice-président du groupe Publicis, rebondit en lui demandant si la situation dans les banlieues lui dit quelque chose. Elle rétorque alors que les inégalités en France sont bien moindres que celles constatées aux USA. C’est sûr qu’entre le petit mec qui vit en HLM à Sarcelles et celui du 15ème à qui papa-maman paye la dernière école de commerce à 10 000 euros l’année, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

L’émission s’achève sur un rapide portrait du sénateur de l’Illinois, et il est rappelé que Barack Obama a rencontré des difficultés car son père kenyan était soupçonné d’avoir été musulman. Soupçonné. Comme un fait honteux, une tare, un crime. Comme quoi, au-delà du glamour et des cultures, une seule chose demeure hélas internationale : la peur de l’autre.


* http://www.mon-sondage.com/Sondage/69/38-des-francais-donnent-leur-voix-a-obama.html

* http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/



{février 4, 2008}   « T’es ma came »

C’est en ces termes que Clara Bruni s’exprimerait dans une future chanson pour celui qui voulait nettoyer les cités au Karcher.

Si la came de Carla, c’est son canard de président, celle des journaux du moment, c’est justement le couple présidentiel fraîchement uni. Il suffit d’entrer chez un marchand de journaux pour s’en rendre compte : comme atteints de diplopie, où que l’on regarde, ce sont les mêmes couvertures, les mêmes photos et les mêmes infos qui nous agressent : « Sarkozy et Carla en Egypte », « Sarkozy et Carla en Jordanie », « Sarkozy et Carla se seraient mariés ». Si ces « unes » concernaient uniquement des magazines comme « Closer » ou « Voici » dont le fond de commerce est la vie des stars, cela n’aurait rien de surprenant. Sauf que dans le cas présent, il s’agit de nos grands hebdomadaires d’actualité générale, quotidiens nationaux et journaux télévisés qui s’abaissent à nous diffuser en masse de l’information people, plutôt que de se pencher sur les véritables préoccupations des français. A priori, les médias doivent traiter de l’information susceptible d’être importante. Est important ce qui nous touche directement, ce qui est sensé changer notre vie, notre quotidien, comme une loi, une crise financière, une guerre et autres réjouissances. Le 25 décembre dernier, le journal de TF1 ouvre sur le voyage en Egypte de Nicolas Sarkozy main dans la main avec Carla bruni. Or, un voyage privé du Président en extase devant le Sphinx, ou les mains en l’air dans le « Space Mountain » à Disneyland, n’est pas une information des plus capitales pour l’avenir de notre pays.

Ce matin, Le Figaro titre « Carla et Nicolas, première sortie », avec une énorme photo à l’appui. A droite, un papier de la moitié de la taille de la photo évoque les centaines de français rapatriés du Tchad. « Psychologies » republie une interview de Carla Bruni qu’elle a donné au magazine il y a quelques années. « VSD » titre sur Carla Bruni : Jusqu’où ira-t-elle ?

Et vous, jusqu’où irez-vous ?

Sans compter que depuis quelques mois, le premier à en pâtir est le président lui-même. Loin de moi l’envie de le plaindre car ce n’est que le phénomène de l’arroseur arrosé. A trop flirter avec les médias, il a fini par obtenir ce qu’il voulait : être en « une » partout et au même moment. Seulement, il ne suffit pas de s’attirer les faveurs du milieu médiatique pour s’attirer aussi celle de l’opinion publique. La preuve en est avec cette série de sondages toujours plus négatifs pour Sarkozy.

Bang bang, My Baby Shot Me Down…

(Lee Hazlewood pour Nancy Sinatra)

LZ



{décembre 7, 2007}   K-rote2 Com ou l’arnaque du siècle (2ème épisode)

Ca y’est, je dispose enfin du matériel nécessaire à ma première mission ! Cela comprend la retranscription brute de la réunion, l’enregistrement audio, et un modèle. Mais alors que nous avions conclu un travail d’une heure et demi, à mon grand étonnement, je me retrouve avec un document de 26 pages, soit le contenu de deux heures trente. Après réflexion, tout devient clair : face à mon refus d’effectuer un compte-rendu aliénant de 70 pages en trois jours chrono, monsieur Fardeau m’a tout simplement présenté son travail d’une autre manière, c’est-à-dire en me remettant un enregistrement audio incomplet de la réunion (1h30 au lieu des 2h30 prévu), tout en me donnant un document de deux heures trente. Voilà qui est pratique, car non seulement cela permet de me voir effectuer en douce un travail que j’avais refusé, mais surtout ! C’est très économique puisque je serais payée une heure et demi de travail, (car c’est ce que nous avions convenu à la base) pour une activité de deux heures et demi. Pas bête le Fardeau… Après avoir fini le travail en temps et en heure, je décide de répondre implicitement à l’implicite : au lieu de lui faire remarquer le coup bas, je lui renvoie le document travaillé avec un énorme titre : « réunion X durée : 2H30 ».

Le problème avec les charlatans, c’est qu’ils ont le chic de vous coller un esprit tordu, qui en réalité est le leur. Exemple, je suis convaincue que si je lui avais fait remarquer son erreur, il me l’aurait expliqué comme une simple étourderie. « Que diable ! J’ai omis de vous prévenir que la mission était plus longue d’une heure ? Quelle tête de linotte… Mais, mais… vous n’avez quand même pas cru que… Nooon ? ». Si si, j’ai cru. Et en plus de croire, j’ai su. Car tout ce remue-méninge sera finalement balayé d’un coup d’un seul : une heure trente ou quinze heures vingt-deux, finalement il ne déboursera pas un centime. Du moins pour l’instant, car je ne compte pas lâcher le morceau aussi facilement.

Deux autres missions auront suivi la première. Des journées entières à voir le soleil se lever et se coucher devant l’ordinateur. 43 pages retranscrites en une semaine, suivies d’une synthèse de 20 pages. Durant cette période, monsieur Fardeau m’appelait si souvent que j’étais à deux doigt de me demander s’il n’avait pas un faible pour moi. Parfois des appels à dix minutes d’intervalles. Et puis, plus nous arrivions à la fin du mois (période à laquelle les paiements s’effectuent), et plus bizarrement,  j’observais mon téléphone en farniente, parasol et cocktail à la main. Un soir, je me rends dans les locaux de K-rote2com. Ayant noté que nous sommes le 28 du mois, et que je n’entends toujours pas parler d’une quelconque rémunération, je décide de me lancer : « Les paiements s’effectuent par chèque ou par virement ? ». Evidemment, je n’ai que faire du mode de paiement, mais je pose cette question histoire de briser la glace sur un sujet étrangement tabou chez K-rote2com, à savoir la rémunération. A noter, les missions aliénantes n’avaient rien de tabou de leurs côtés, au contraire, nous frôlions l’harcèlement téléphonique à cette époque là. « Euh… par chèque », me répond monsieur Fardeau. Je rentre tranquille, en pensant que le message bien passé. Seulement, les jours s’écoulent, et je n’ai toujours aucune nouvelle.

Ayant planifié un voyage, je n’ai qu’une semaine pour mettre les choses au clair. Aussi, je décide de prendre le taureau par les cornes, et j’appelle monsieur Fardeau pour réclamer mon dû. Lundi matin, premier appel, je tombe sur Stéfanie Lacoccinelle, qui m’informe que « la personne du service comptable est en déplacement jusqu’à mercredi ». Dom-mage ! Je n’ai pas de chance ! Zut alors ! Je lui rétorque que je passerai donc jeudi récupérer le chèque, et elle m’affirme qu’elle me rappellera d’abord pour me le confirmer. Inutile de préciser qu’elle ne le fera pas. Mercredi, je rappelle. Et là, encore mieux, cela sonne sans réponse. Depuis un mois que je travaille avec cette boîte, jamais deux sonneries ne s’écoulent avant que monsieur Fardeau ne décroche, et maintenant, inbelieveble, non seulement c’est Lacoccinelle qui répond, et à présent, c’est carrément le silence radio. Vingt minutes après, même chose. Hélas pour eux, j’avais pris soin de noter le numéro d’une box de laquelle le Fardeau m’avait un jour appelé, et je décide donc d’appeler sur cette ligne… La présentation du numéro ne devait hélas pas être actionnée puisque première sonnerie, qui décroche ? Fardeau himself ! Son effarement est palpable lorsque je lui dévoile mon identité. « Ah euh… oui bonjour euh… ». Moi, droit au but : « Vous m’avez bien dit que les paiements étaient prévus pour la fin du mois, or nous sommes le 5 aujourd’hui, et moi je pars samedi, je dois donc récupérer mon chèque avant de partir ». Agacé, il rétorque : « Oui, en fin de mois ou début du mois… Je sais que le service comptable est en train de traiter les paiements et comme nous avons un réseau conséquent de pigistes, cela prend du temps. Je vous envoie un mail pour vous tenir au courant ».

Nous sommes  vendredi 7 et je n’ai évidemment aucune nouvelle. Mon avion décolle demain matin pour le Burkina Faso. Cela lui laisse donc quinze jours pour me payer. Peut-être qu’à mon retour, son service comptable imaginaire sera revenu de son déplacement fictif. Ou peut-être que le Fardeau fêtera Noël, et qu’il aura une indigestion due non pas à un repas copieux mais plutôt à un excès de mensonges.

LZ 



{décembre 6, 2007}   K-rote2Com ou l’arnaque du siècle (1er épisode)

 

Tout commence par une simple annonce. Une boîte de communication qui propose à des pigistes de réaliser des comptes-rendus de réunions. Je postule et deux jours après, je trouve dans ma boîte un mail d’un certain monsieur Fardeau qui me propose une mission. Rémunération : 70 ou 75 euros brut de l’heure. Je fais un bref calcul mental, cela devrait me rapporter à peu près 55 ou 60 euros net. J’accepte de me lancer dans l’aventure.

J’appelle donc ce fameux monsieur Fardeau. Il décroche, et là je découvre au bout du fil un homme qui porte à son nom à merveille. Hésitant, distrait, il me donne immédiatement une impression de débutant de chez Débutant®. En 15 minutes de conversation, il a dû prononcer seulement 4 ou 5 phrases, entrecoupée de « Oui Pascal ? Tu as besoin de quelque chose ? Excusez-moi… Euh qu’est-ce que je disais… euh… Oui, donc … Vous m’entendez ? Car moi je vous entends loin… Oui alors la mission euh… ». Soit la boîte vient de débuter son activité, soit c’est le Fardeau qui a été embauché la veille. Qu’importe me dis-je finalement, il faut un début à tout et à l’autre bout du fil, je parviens non sans mal à garder mon calme. L’un de mes stylos finira à la poubelle, mais je finis par comprendre la mission qui est la mienne : réécrire en bon français le compte-rendu d’une réunion de quatre heures. Il faut savoir qu’une heure de travail équivaut à 12 pages, et monsieur Fardeau me donne 3 jours de délai. A nouveau, j’effectue un petit calcul mental, donc cela fait quelque chose comme 68 pages à pondre en 72 heures. Un petit mémoire express en somme… Je lui fais remarquer l’ampleur de la tâche, d’autant qu’il me prévient tout de même un vendredi soir. Dans un élan de générosité, il me précise : « Mais nous ne sommes pas à une page près hein… ». Cool… Sauf que ça ne va pas être possible monsieur. Il sent qu’il me perd et rétorque alors : « Mais j’ai d’autres missions, moins longues si vous préférez, tenez j’en ai une qui dure une heure et demi ». Hum… une heure et demi, voilà qui me paraît plus raisonnable, j’accepte donc de relever le défi, le message s’autodétruit et nous nous donnons finalement rendez-vous quelque part dans Paris.

Après quelques péripéties n’ayant pour seul intérêt d’en dire long sur le sérieux de cette boîte, le jour du rendez-vous arriva. A l’étage indiqué, première surprise : l’écriteau sur la porte indique le nom d’un particulier. Je sonne malgré tout. Voici monsieur Fardeau qui m’accueille et m’amène dans ce qui fait office de bureau où il travaille avec sa collègue Stéfanie Lacoccinelle. Un bureau ? C’est le cas de le dire. Dans la grande pièce, il n’y a que… deux bureaux. Pas de meubles, rien. Un grand espace vide. Nos pauvres amis de K-rote 2Com sont contraints de poser leurs classeurs et affaires personnelles sur le sol. Intriguée, je lui demande « Vous venez d’aménager ? ». « Non non, ça fait… huit mois qu’on est là », me répond t-il, toujours avec son hésitation chronique. Je fais mine de le croire, mais ne peux m’empêcher d’ajouter : « Pourtant sur la porte, y’avait le nom d’un particulier… ». Mal à l’aise, en guise de réponse, il rebondit vite sur le travail qui m’attend. Intérieurement, je sais qu’il ment, il est évident que la boîte vient tout juste d’ouvrir ses portes. Ce qui me gêne là-dedans, ce n’est pas ce côté débutant, mais plutôt le mensonge. En quoi est-ce honteux de l’avouer ? Peur de passer pour des amateurs ? Pourtant, les bourdes sont encore plus remarquables et moins pardonnables lorsque l’on se présente comme professionnel qu’en tant que novice. Et puis, il ne suffit pas de se déclarer pro, encore faut-il l’être réellement, et la réalité finit toujours par nous rattraper. Ce qui suit me le confirme : un appel vient m’interrompre dans mes pensées et j’assiste pendant 20 minutes à la scène vécue lors de notre premier contact téléphonique. « Oui euh… alors j’ai le papier sous les yeux là… euh… ». Faux, il n’a rien sous les yeux, il cherche encore son papier dans son bric-à-brac à même le sol.

A la fin de son (long) coup de fil, monsieur Fardeau revient vers moi, m’expliquant les modalités de travail demandé. Et c’est au moment de la rémunération que nous atteignons des sommets en termes de charlatanerie : « Nous avions dit 75 euros de l’heure brut, donc en net hein, il faut compter la moitié, donc ça fait euh… 37, 50 € de l’heure ». Le plus normalement du monde, il m’explique que l’employeur paye 50 % de charges sur l’heure de travail de son pigiste. Je tombe des nues. 37,50 € pour 12 pages de retranscription, soit 2 à 3 jours de travail à temps complet. Ses lèvres continuent de bouger pour m’expliquer je-ne-sais-quoi, mais je n’entends plus rien, enfermée dans ma tête à me demander si je n’ai pas halluciné tant je n’ai jamais entendue quelque chose d’aussi énorme. Je m’apprête à intervenir… Mais comme un défi personnel, je m’étais vraiment mis dans la tête de faire cette mission. Et puis, je me dis qu’après tout, ce n’est qu’un essai, libre à moi de ne pas réitérer l’expérience. Je ne proteste donc pas, j’accepte tacitement l’escroquerie, mais je n’en pense pas moins. A ce moment là, je pensais vraiment que l’arnaque était à son paroxysme, mais j’étais loin de m’imaginer que le Fardeau me réservait encore d’autres cadeaux.

LZ

 



{novembre 22, 2007}   Langage… déplacé !

Un jour, je me suis transformée en petite souris. Pour une mission de travail, j’ai dû intégrer une réunion étrange où chaque ministère disposait d’un représentant louant les mérites de ses actions et rappelant à quel point le ministre en place se sent « impliqué » dès lors qu’une mesure concerne ces autres, dont nous disons à peu près tout et rien à la fois : Ces pauvres, ces handicapés, ces immigrés, ces Français d’origine africaine et maghrébine.

Autant le dire tout de suite, ces termes n’ont jamais été employés au cours de ce conseil. Et pour cause… Afin de rassurer l’opinion publique, les représentants de l’Etat renomment systématiquement chaque mot dans un langage différent, qui à terme, se répercute dans la société française avant même qu’elle n’ait le temps de réagir. A titre d’exemple, ces dernières années, les cités sensibles sont devenues subitement des « quartiers ». Pourtant, lorsque je regarde dans le petit Robert, un quartier est « la partie d’une ville ayant sa physionomie propre et une certaine unité. Exemple : Le quartier Latin à Paris ». Tout le monde conviendra qu’il y a plus dangereux sur Terre que le quartier latin de la capitale. Cela m’évoque les pratiques du télémarketing. Un jour, j’ai dû rappeler les clients d’une marque de voiture dont les freins s’étaient révélés défectueux juste après la vente. Nous avions eu droit à un grand briefing sur la façon d’annoncer la nouvelle aux acheteurs, avec un vocabulaire spécifique : Par exemple, il nous était interdit de prononcer le mot « problème », que nous devions remplacer obligatoirement par « défaut ».

Le même processus s’est engagé avec la création des fameuses « personnes issues de l’immigration ». Théoriquement, une personne issue de l’immigration pourrait ressembler à la plupart des français qui ont tous ou presque une origine, au premier, deuxième ou troisième degré, qu’elle soit italienne, portugaise, algérienne, espagnole, russe etc. Par ailleurs, la totalité du peuple américain, des habitants des Dom tom, ou encore notre Président actuel, sont issus de l’immigration. Or, et cela ressortait bien au cours de cette réunion, pour nos hommes politiques, le sens de ces termes est tout autre : Il s’agit tout simplement des français d’origine africaine et maghrébine, auxquels les hommes politiques ont jugé bon de trouver une appellation spéciale tout en affirmant en parallèle que ce sont des français comme les autres.

Nous pourrions citer d’autres exemples, comme le feu « plan Marshall » de la banlieue, né dans la précipitation pendant les émeutes de 2005, aujourd’hui rebaptisé « Plan Respect-Egalité des chances ». En effet, passée l’agitation, quelqu’un a dû suggérer que « Plan Marshall », lié à une thématique de guerre, résonne de façon trop négative dans les esprits. Il a donc dû chercher un nouveau nom, plus positif, et surtout, en accord avec les populations concernées par ce plan. Je n’ai malheureusement pas pu assister à ces débats des plus passionnants, mais j’imagine sans mal la teneur des propositions : Peut-être qu’avant de statuer sur « Respect », quelqu’un a soufflé un plan « Wesh Wesh », une Réforme « Yo ! » ou encore « Zy-va ! », histoire d’être en totale symbiose avec le public hypothétiquement visé, et de témoigner, toujours via le langage, de sa proximité avec lui.

Au fil des années, les formulations évoluent mais les situations demeurent identiques. En effet, les cités sensibles ne se sont pas brusquement métamorphosées en simples quartiers, un plan « Respect-Egalité des chances » ne sera pas plus efficace qu’un « Plan Marshall », et les français d’origine maghrébine et africaine ne sont pas les seuls à être « issus de l’immigration ». Cependant, le plus naturellement du monde, ces termes au sens biaisé continuent de se fondre dans le langage commun. Nous assistons régulièrement à des protestations contre le langage SMS et autres anglicismes pervertissant la langue de Molière, mais il semblerait qu’à d’autres niveaux, la déformation de celle-ci à des fins politiques ne dérange personne. Le mot est une arme. A travers lui, donner l’illusion d’une amélioration pour mieux masquer l’incompétence, la stagnation, et même, la régression.



{octobre 29, 2007}   Portrait de Daniel Prévost, comédien, humoriste

« Quiconque empêche l’autre de trouver ses racines est un assassin en puissance »

Entre Daniel Prévost et son public, c’est une histoire qui dure. Prenez un café avec lui du côté de Saint-Cloud, et les éloges pleuvent. « C’est un homme d’esprit, j’ai beaucoup de respect pour ce monsieur » s’enthousiasme un client de la table voisine. Avec une carrière riche de près de 90 films (comme La Vérité si je mens ! 2 ou Le Dîner de cons) et une maîtrise certaine du comique de l’absurde, Daniel Prévost a su conquérir un large public. « Les gens adorent ma façon de voir le monde, et quand ils viennent me voir, ils savent que je vais les faire rire. J’ai un public très fidèle ». Mais au-delà de l’acteur, c’est aussi l’homme qui a marqué les esprits au travers de sa vie personnelle cette fois-ci : Sa quête d’identité qui l’a mené à se découvrir à l’âge de 50 ans des origines kabyles. Une histoire douloureuse qu’il livre de façon poignante dans deux romans autobiographiques*. « J’ai décidé d’écrire mon histoire pour ajouter une pierre à l’édifice. C’est une chose fondamentale que de savoir d’où l’on vient, de connaître ses racines, et quiconque empêche l’autre de trouver ses racines est un assassin en puissance ». Pour Daniel Prévost, quiconque désigne Louise, sa mère, qui refusa toute sa vie de lui livrer l’identité de son père. C’est à 39 ans qu’il dût l’apprendre finalement par une vieille tante de la famille. « Ce n’est pas tant l’absence du père qui est terrible, mais surtout le déni d’identité. Je suis attaché à mes racines, qu’elles soient berbères ou bretonnes, mais au moins donnez-les moi, c’est tout ce que je réclame. Il y a une volonté métaphysique de savoir d’où l’on vient. Et plus on le découvre tard, plus c’est violent. Ma parole a été muette durant toute ma vie, et un jour j’ai dit ‘ça suffit !’. Mais tout cela, c’est aussi grâce à mon épouse qui m’a été d’un grand soutien ». A l’évocation d’Yvette Prévost, décédée en mars dernier durant le tournage du téléfilm « Monsieur Joseph », l’acteur ne peut contenir son émotion d’avoir perdu celle qui partageait sa vie depuis plus de 45 ans. « C’est ma femme qui voulait que je joue ce rôlemais n’en parlons pas trop… », confie t-il, très ému. La fiction rejoint parfois étrangement la réalité, puisque Daniel Prévost y jouait le personnage de Youssef, né de père kabyle et de mère française, dont la femme disparaît subitement. Plus attendu dans des rôles comiques, cette innovation de style lui vaudra d’ailleurs une récompense lors du dernier festival de la fiction TV à la Rochelle, ainsi qu’un succès d’audience puisque le téléfilm diffusé le 19 septembre dernier sur France 2 n’a rassemblé pas moins de 6,1 millions de téléspectateurs.

A l’origine attiré par le cinéma, Daniel Prévost n’en demeure pas moins une figure symbolique du petit écran. Il y fît ses débuts dès les années 60 dans la série « Les Saintes Chéries » et les Sketches de « La Caméra invisible ». Mais c’est sans conteste en tant que chroniqueur au sein de l’émission « Le Petit Rapporteur » qu’il devint célèbre, au côté de Pierre Desproges, et de Jacques Martin, récemment disparu. « Je garde le souvenir d’un homme brillant, très cultivé, très drôle. Je le connaissais depuis longtemps, c’est une personne digne de respect qui est partie ». Jonglant entre ses rôles au cinéma, quelques one-man shows, et l’animation ponctuelle d’émissions de télé comiques telles que « La Grosse Emission » sur la chaîne Comédie !, l’acteur poursuit sa route avec toujours comme fil conducteur le rire, tel une seconde peau ou… un refuge. « L’humour a été incontestablement sauveur pour moi. Je dis des choses totalement incongrues, comme la vie peut l’être. Mais je suis en parallèle quelqu’un de très sérieux. Je ne suis pas un comique forcené, je sais que j’amuse et que j’ai un écho à travers le public, mais je ne suis pas que cela, j’ai une pensée multiple ». Ce côté sérieux, qui frise la méfiance, lui est d’ailleurs parfois reproché. « Je sais que je peux être déstabilisant, mais c’est ma nature. A certains moments, je peux déplaire à cause de cela, mais en même temps, je ne le fais pas exprès. Je suis méfiant par rapport aux propos que l’on pourrait transcrire de moi et qui ne seraient pas véridiques car cela m’est déjà arrivé, donc je fais très attention à ce que je dis… Enfin, tout cela n’est pas si grave », conclue t-il de son célèbre rire aigu qui s’élève dans la brasserie. En partant, deux serveurs viennent le saluer en lui parlant de ses livres, ou se réclamer de ses origines. « Je l’ai désiré ma célébrité, je voulais être aimé », confiait-il peu avant. Pari gagné.

Le Pont de la Révolte » et « Le Passé sous Silence », par Daniel Prévost, éditions Gallimard coll. Folio.



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