La revue de presse de Dalyna











{juillet 3, 2008}   Foule sentimentale

Depuis hier, Ingrid Betancourt est partout. Nous assistons en direct à ses retrouvailles avec sa maman, et à l’instant même, avec ses deux enfants. L’avion qui atterrit, la porte de l’engin qui s’ouvre, Ingrid qui n’attend pas que sa famille sorte mais qui se précipite au sommet et enfin, les retrouvailles. Heureusement, elle a selon moi la présence d’esprit de s’engouffrer dans l’appareil pour prendre le temps de retrouver les siens un tant soit peu dans l’intimité. Moi, devant ma télé, je suis presque gênée d’assister à cela, et au-delà de la bonne nouvelle que constitue sa libération, je ne peux m’empêcher de penser intérieurement qu’il n’y a aucune différence entre le Loft ou Secret Story et le programme que nous visionnons. C’est de la téléréalité pure. Cela paraît naturel, mais ça ne l’est pas.

A présent, c’est Bernard Kouchner qui s’exprime. Il est rouge de joie, mais aussi ivre d’autosatisfaction. Il remercie au nom de Sarkozy, au nom de la France, au nom de, au nom de… Chacun tire la corde pour dire que dans cette libération, il y est aussi un peu pour quelque chose. Sur les plateaux télé, les intervenants se succèdent, mais ils disent tous la même chose. Beaucoup d’émotions, beaucoup d’émotions, beaucoup d’émotions… que d’émotion. Un tapage médiatique dont je ne comprends toujours pas la source. Hier, une fondatrice de comité de soutien pleurait de joie en affirmant qu’elle n’attendait qu’une chose, c’est de serrer Ingrid dans ses bras, tout en ajoutant qu’elle ne la connaissait pas personnellement. Ca me laisse dubitative. Je me demande, comment peut-on être amenée à ressentir cela d’une inconnue ? Je m’interroge aussi sur cette ferveur, populaire, générale, intarissable, que je salue certes, mais dont je cherche encore les raisons de la naissance et la signification. Comment et pourquoi les français ont-ils fait de cette franco-colombienne du bout du monde leur héroïne, leur star, leur icône ? C’est un symbole Ingrid, tout le monde le dit, mais un symbole de quoi ? De courage, de liberté ? N’y en a-t-il pas chez nous ? Sommes-nous si blasés que nous avons besoin d’aller jusqu’en Colombie pour se créer… du rêve. Car je crois que la réponse à mes questions se situe bien là. Le rêve. Le rêve et le glamour. Voilà les 2 paramètres pour renverser une foule. Les voilà, les opiums du peuple moderne. Ce matin sur RMC, un médecin se plaignait que nous n’évoquions pas ses malades qui souffrent aussi de toutes les hépatites du monde, ou encore ses patients étrangers et expulsés, condamnés à mourir dans leur pays parce qu’ils sont « mal nés » et dont personne ne parle jamais. Pire, que tout le monde semble approuver parce que voyez-vous, y’en a trop ici de ces foutus étrangers. Il se plaignait… et moi, j’avais envie de lui répondre « Mais non, voyons, non, tu oublies qu’ils ne sont pas glamour, et ne font pas rêver tes patients : ils viennent d’Afrique souvent, et en plus ils sont pauvres ».

Tout le monde dit que ce qui est fantastique chez Ingrid Betancourt, c’est qu’elle représente des valeurs de liberté et de courage. Si elle porte indéniablement ces qualités en elle, je ne pense pas que cela suffise pour créer un mouvement populaire comme celui que nous avons vécu. En effet, ce qui fait rêver, ce n’est pas les valeurs que l’on défend, sinon nous aurions trop de candidats. C’est surtout tout ce qu’il y a autour : cela commence par être bien né. Et oui, on ne rêve pas d’un pouilleux en France, sauf si le pouilleux est devenu entre temps immensément riche et a emprunté l’ascenseur social digne d’une des ex-tours jumelles de New York. Exemple : Bernard tapie, Zinedine Zidane, Sophie Marceau… Ingrid Betancourt avait déjà ça en elle. Ce n’est pas une pouilleuse. On dira ce qu’on voudra mais l’argent, ça fait rêver les gens. Même si les grandes fortunes sont souvent critiquées en secret, au bistro, au café des commerces, en réalité, la plupart des gens sont en admiration totale devant elles, pour le luxe, le glamour et l’inaccessibilité qu’elles représentent.

Ensuite, Ingrid est un symbole parce qu’elle représente l’idéal de vie que la société nous demande d’atteindre : C’est une jolie femme (qui a eu deux maris = vie sentimentale), une mère (= deux enfants), bien née (= issue d’une famille de sénateurs, école IEP avec de Villepin comme Maître de conférences), avec une carrière (= politicienne, candidate à la présidence d’un pays bien avant Ségolène et Hillary), et enfin indépendante (= installée en Colombie loin de sa famille avant d’être otage). Bref, elle rassemble en elle tout le fonds de commerce de nos magazines féminins, tout ce qu’ils nous exhortent de devenir dans chacun de leurs numéros semaine après semaine : Pour les femmes, Ingrid Betancourt est une héroïne parce qu’elle a réussi le pari d’être à la hauteur de cet idéal de vie, et pour les hommes, un fantasme de la femme parfaite. Le rapport avec la Colombie me direz-vous ? Euh, je le cherche encore… J’attends juste de voir la suite de l’engagement des français pour la Libertad des autres otages au cours des semaines à venir. A mon avis, je ne verrais pas grand-chose, mais sait-on jamais. A coup de glamour de paillettes, tout est possible.



{mai 29, 2008}   STOP au SPOT

Il y a des spots publicitaires comme ça qui, tout en voulant œuvrer pour une noble cause, en démontent une autre du même coup. En ce moment, vous avez sans doute vu le message publicitaire destiné à promouvoir la contraception auprès des jeunes, notamment en leur conseillant d’appeler le fil santé jeunes pour toutes questions relatives à la sexualité. Jusqu’ici, tout va bien.

Deux spots sont actuellement diffusés. Dans le premier, on voit une jeune fille, blonde aux yeux bleus qui demande à sa camarade de classe, brune et plutôt mat de peau : « Dis, tu connais la contraception d’urgence ? ». Et là, sa copine lui répond, sourire en coin : « Quoi ? Tu l’as fait ? ». S’ensuit une conversation où la première est agacée de l’indiscrétion de sa copine, et la seconde insiste de plus belle pour avoir une réponse.

Second spot, autre décor mais même idée. Et même personnages à peu de chose près : Dans le train, un jeune garçon mat et typé interpelle subitement son angélique camarade blonde aux yeux bleus : « Dis, si une fille oublie de prendre sa pilule une fois, c’est grave ? ». Comme dans le premier spot, la blondinette s’insurge contre son ami aussi peu courtois et lui rétorque « non, mais ça va pas, c’est personnel ces questions là ! ».

Bref, dans l’un comme dans l’autre, il y a les petits blondinets oppressés par des boulets de rebeu qui assaillent leurs camarades de questions plus personnelles les unes que les autres. Ainsi, pour faire passer un message, on ne trouve rien d’autre de mieux que de jouer sur les stéréotypes, peut-être pour mieux toucher les jeunes. Personnellement, je trouve ce type de message lamentable. Certains pourront penser que j’analyse trop, il n’empêche que ce sont aussi toutes ces petites choses qui, à force d’être petites deviennent grandes, et qui alimentent tous les clichés.

C’est un publicitaire qui a réalisé le concept de ce spot, et un publicitaire sait comment faire pour toucher sa cible devant l’écran. A titre d’exemple, à chaque publicité de produits au chocolat, ils se sentent presque systématiquement obligés de mettre en scène un noir. Ben oui, un noir, c’est noir, donc forcément, ça mange du chocolat. Et un arabe, c’est toujours un élément perturbateur dans la société. Cela va de soi.



{avril 21, 2008}   Plutôt Bisounours ou miss France ?

Ces derniers jours, j’ai trouvé que l’actualité a marqué par sa stupidité et son incohérence. Pendant des jours et des jours, nous avons été bassiné avec le Tibet, les manifs, les pros, les antis, des badges de toutes les couleurs et avec des slogans tous plus « Miss France-isés » les uns que les autres… Bref, j’avais le sentiment que nous assistions à un canular mondial.

Je me suis promise de ne pas évoquer le Tibet. Non pas que les droits de l’homme ne soient pas importants à mes yeux, mais je n’ai pas compris cet engouement mondial pour cette cause là, en particulier. Il faudrait que quelqu’un m’explique pourquoi. Pourquoi le Tibet, et pas la Tchétchénie où ce ne sont pas des arrestations mais des meurtres en masse qui sont perpétrés chaque jour envers un peuple qui s’éteint en silence. Pourquoi le Tibet et pas nos clochards (c’est plus sympa que d’être assimilés à un sigle) qui crèvent sous les ponts et que nous croisons quotidiennement. Pourquoi le Tibet et pas cette crise alimentaire qui va dévaster l’Afrique et l’Amérique du sud et provoquer des famines venant ruiner des années de développement.

Alors oui, le malheur n’est pas mesurable, et toutes les causes sont importantes. Je ne souhaite pas minimiser le sort des tibétains, mais quand même, je n’arrive pas à comprendre. Ce qui me semble positif est de constater que la mondialisation aura au moins permis de réunir des centaines de milliers de personnes à travers la planète se battre pour une cause commune. Néanmoins, je persiste à trouver dommage que cette énergie ait été dépensée dans cette cause là, sachant que d’autres autrement plus urgentes passent complètement inaperçues dans l’opinion. Certes, tous les combats en faveur des droits de l’homme ne sont que louables. Seulement, il y a autre chose qui me pousse à remettre en question ces soudains levers de boucliers. A écouter les commentaires des tibétains eux-mêmes, ne souhaitant ni l’indépendance ni le boycott des JO de Pékin, j’ai vraiment eu le sentiment d’assister à un gag lorsque les manifestants se sont acharnés autour de cette pauvre flamme. Comme dit Kouchner, il ne faudrait pas être plus tibétains que les tibétains. Et puis, d’une manière générale, je pense que les peuples sont assez intelligents pour mener leur propre révolution et savoir ce qui est bon pour eux. Je n’aime pas les donneurs de leçons… C’est trop facile de la jouer « terre des droits de l’homme » et d’aller faire la guerre au nom de la paix, ou encore de critiquer un régime (et son peuple au passage) au nom d’idéaux quand on ne les respecte pas dans son propre pays. Pour moi, nous ne pouvons pas dire que les droits de l’homme sont respectés lorsqu’un homme se retrouve à la rue sans avoir les moyens ne serait-ce que de prendre une douche ou de s’acheter une baguette.

En conclusion, c’est l’hypocrisie qui me dérange dans tout ce remue-ménage mondial.

D’une part, concernant les politiques. Gordon Brown s’est empressé d’annuler sa venue à la cérémonie d’ouverture, Nicolas Sarkozy demande que le Dalaï Lama ait droit à une médiation avec la Chine, et Rama Yade n’a cessé de faire des déclarations plus contradictoires les unes que les autres. Mais ce qui m’intrigue, c’est le fait que cette soudaine prise de position n’a eu lieu qu’après et seulement après les manifestations mondiales. Au début, tout allait bien dans le meilleur des mondes au pays des politiques. Je trouve cela étonnant que ce qui est devenue la pire ignominie du moment, passait il y a peu complètement inaperçue à leurs yeux. Quant aux chaleureuses poignées de mains échangées avec Khadafi, Poutine et autres dictateurs en parallèle… N’en parlons même pas.

D’autre part, il y a l’hypocrisie de RSF (qui ne connaissait rien du Tibet il y a 2 jours), et de David Douillet avec cette fabuleuse affaire de badges. Pour se dédouaner de participer à des jeux olympiques controversés, voilà qu’on propose aux sportifs de porter un badge que même les Bisounours auraient honte d’afficher. Soit, on y participe, soit on y participe pas, mais les pseudo-engagements, je pense qu’il n’y a rien de pire. Aux dernières nouvelles, le badge s’est vu refusé, et il paraît qu’ils planchent déjà sur un autre modèle. J’espère au moins que miss France n’est pas encore renvoyée.



{avril 6, 2008}   Message d’outre… tombe ?

Alors que depuis un moment, nous n’avions plus de nouvelles de Ben Laden (notamment depuis le début de la guerre en Irak), il semble ces jours-ci que le chef d’Al Qaida ait décidé de refaire parler de lui. Je ne sais pas, histoire de dire où il en est quoi…

Il y a quelques jours, son fidèle acolyte Al-Zawahiri nous conjure de nous rassurer : oui, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, chers amis, Ben Laden se porte comme un charme. Formidable… Mais le plus drôle, ce fût sans doute la vidéo sortie le 20 mars dernier. Décor : une image arrêtée de Ben Laden, kalachnikov en main avec en bruit de fond Oussama (ou bien une voix, au choix) déclarant que l’Europe devra payer pour les caricatures de Mahomet. Si je ne m’abuse, ces faits remontent à septembre 2005… Bon, il ne nous manque plus qu’à attendre la vidéo où il revendiquera les attentats du 11 septembre.

Que Ben Laden soit mort ou vivant, finalement, chacun son point de vue. C’est vrai après tout, peut-être que les Etats Unis, qui détiennent le réseau de renseignements et l’armée les plus fortiches du monde n’arrivent pas à mettre la main sur un pauvre homme retranché dans ses montagnes depuis des années. Peut-être après tout. Mais le plus intriguant dans tout cela, c’est que ces nouvelles nous sont livrées chaque fois par les journalistes avec certitude. On nous dit que Ben Laden va bien, qu’il nous donne de ses news… et là, ils nous mettent une vidéo datant d’il y a 107 ans. Alors soit c’est la même photo depuis 7 ans, soit j’aimerais bien connaître la marque de la crème antirides de Ben Laden. Ou bien, peut-être que le fait de vivre dans une grotte, puisque c’est là qu’il est censé vivre depuis 7 ans, ça maintient en forme. Personne ne s’interroge de savoir si c’est véritablement lui qui s’exprime, ou ne s’étonne de ne voir aucune preuve venant étayer cette hypothèse. Non, c’est : Et voici des nouvelles de Ben Laden dans une vidéo qui dit que… Si vous le dîtes.

Peut-être aussi que certains ont intérêt à ce qu’il soit en vie. C’est vrai, qui plus que lui incarne en Occident le Mal ? Et puis, tant qu’il est en vie, ben… c’est qu’il faut combattre. Je ne sais pas vous, mais moi, y’a quelqu’un qui m’a dit que… l’Iran développe l’arme nucléaire.



{mars 10, 2008}   Attention : vivre vous tuera

Le curieux magazine curieux « Le Tigre » publie un dossier très intéressant sur « Les dérives de la politique de santé publique » dans le numéro Mars-Avril qui vient de paraître. Enfin un point de vue critique sur la dictature des 5 fruits & légumes par jour, fumer tue, traverser la route sans regarder tue etc. Toutes ces recommandations font désormais tellement partie de notre quotidien que plus personne ne les remarque ou presque. Pire encore, au nom de la santé, malheur à celui qui ose seulement tenter de nuancer la pensée dominante (et unique) sous peine de se voir balancer à la minute le dernier rapport de l’OMS.

Quelques extraits :

« Avant, le fumeur fumait. Aujourd’hui, le fumeur sort un paquet avec écrit « fumer tue ». Pendant ce temps-là, le consommateur regarde des publicités pour des rillettes sous lesquelles un bandeau lui conseille de manger des pommes et des carottes. Là est la vraie rupture, qui sous-tend le reste. Le fait que nous soyons tous des victimes de nos assassins en puissance, ou nos propres assassins, nous les grignoteurs, nous qui mangeons trop ceci ou trop cela. La politique sanitaire a trouvé un maître mot : la culpabilisation (pardon, la responsabilisation) de l’individu. Manière discrète pour l’Etat de se délester de ses propres responsabilités : le contrôle des aliments en amont de l’assiette ou des poumons du citoyen ».

« Il est interdit de fumer ; fumer tue, or fumer est permis. On appelle cela un sophisme. Sauf que l’erreur de raisonnement ne se situe pas dans la conclusion, mais dans la phrase : fumer tue. Car non : fumer ne tue pas. D’ailleurs, les fumeurs espagnols savent, eux, que fumar puede matar : fumer peut tuer ; un fumeur peut mourir d’avoir fumé. L’Etat français a fait fort : il a enlevé le caractère hypothétique de la relation. Fumer tue, une fois pour toutes… J’entends déjà crier les convaincus de la nouvelle morale : mais quand même, ça tue ! C’est la première, énième cause de mortalité ! Cet argument est irrecevable. Car il faudrait alors stigmatiser en grandes lettres, avec autant de naïveté et de véhémence, les autres causes de mortalité. L’exposition abusive aux rayons du soleil multiplie par x les risques du cancer ? Bronzer tue ».

« Reste un dernier point, polémique, peu abordé. Ce point a été écarté d’un revers de main à l’Assemblée nationale. Il s’agit du transfert des addictions, c’est-à-dire la question de savoir si quelqu’un qui arrête de fumer se reporte sur l’alcool, ou sur la nourriture. La logique voudrait en effet qu’un geste qui a une fonction sociale, ou une fonction psychologique certaine, doive être remplacé par quelque chose d’autre. Cas favorable : j’arrête de fumer, je fais du sport, je me sens mieux, mon stress est évacué dans un nouveau plaisir, cas défavorable : j’arrête de fumer, c’est dur, c’est la déprime, je vais voir mon généraliste, il me prescrit un patch, ce n’est pas suffisant, il me prescrit des anxiolytiques ou des antidépresseurs. Sujet hautement tabou ».

Dossier coordonné par Laetitia Bianchi, le Tigre, numéro 24, mars-avril, 6,80€

http://www.le-tigre.net/

La suite en Kiosque ! Par ailleurs, sachez que Les responsables du magazine Le Tigre seront présents au salon du livre de Paris qui se tiendra du 14 au 19 mars sur le stand G65 de la région Île-de-France.



{février 18, 2008}   Coup de filet à Villiers-le-Bel… de journalistes ripoux

Me levant très tôt, je débute toujours ma journée sur la première édition des infos en continu sur les chaînes câblées. Ce matin, c’était à frémir lorsque le JT de LCI s’ouvre sur ce titre : « SPECTACULAIRE opération de police en ce moment même à Villiers-le-Bel : plus de 1 000 policiers, dont le RAID et la police judiciaire de Versailles, sont sur les lieux pour arrêter les délinquants ayant tiré sur des policiers en novembre dernier ». Si le journaliste qualifie ce coup de filet de « spectaculaire », le téléspectateur est en droit d’attendre des images pour le prouver. Or, après s’être enflammé, les seules images qu’il nous propose sont celles des émeutes datant de novembre dernier. C’est la même chose chez BFM : que des images d’archives. Pourtant, ce ne sont pas les caméras qui manquent… Car à la différence du journaliste de LCI, celui de BFM TV a quand même la présence d’esprit de préciser un élément non négligeable : les journalistes ont été prévenus sans relâche ce week-end de l’action future des policiers. Tant et si bien qu’une armada de journalistes se trouvaient sur les lieux au moment même où le journaliste veut nous faire croire qu’il détient le scoop du siècle. Nous pouvons en déduire plusieurs choses : non seulement il qualifie un évènement de « spectaculaire » sans savoir de quoi il s’agit et en ne se reposant que sur les dires de la police. De plus, il ne dit pas que c’est une opération ultra médiatisée et orchestrée par la police. Enfin, il décide d’ouvrir son journal là-dessus, avant l’indépendance du Kosovo tout de même (France Culture a pour sa part consacré une phrase en fin de journal sur Villiers-le-Bel).

C’est beau le journalisme parfois. En même temps LCI, c’est TF1, et TF1, on sait qui est derrière. Et les municipales approchent à grand pas… Rien de tel qu’une bonne intervention de la police histoire de récupérer un électorat qui s’étiole peu à peu à en croire les sondages. C’est grâce à ce type d’action que le président s’est fait élire. Aux dernières nouvelles, toujours sur BFM TV, Michèle Alliot-Marie déplore la sur-médiatisation de cette action. On veut vraiment nous faire gober qu’elle n’était pas au courant… C’est mignon.

S’il est aisé de comprendre qu’un parti politique agisse de cette manière, de la part de journalistes sensés être le plus objectifs possible, cela devient vite choquant. Les journalistes existent pour informer les populations, non pas pour désinformer. Loin de moi l’idée de défendre les jeunes qui ont tiré sur des policiers, mais plutôt que de s’exciter sur l’aspect spectaculaire de ces descentes à la Starsky et Hutch, peut-être serait-il plus judicieux de s’interroger sur le sens de ces actions, et la manière dont elles se déroulent. 1 000 policiers pour arrêter 33 personnes. Personnellement, je me demande comment il est possible de désigner les auteurs de tirs durant des émeutes. Parmi les personnes qui devaient être interpellées, l’une d’entre elles étaient décédée*, et la famille du jeune homme mort en novembre dernier (et qui avait déclenché les émeutes à Villiers-le-Bel) aurait été contrôlée dans le but d’interpeller le frère du défunt (reportage BFM TV, avec le maire de Sarcelles présent chez la famille). Quant à l’enquête concernant la mort des deux jeunes, c’est le point mort. Tout le monde s’accorde sur la difficulté du métier de policier et la haine qu’ils peuvent recevoir de certains jeunes. Mais quand on sait que deux jeunes personnes sont mortes sans explications (la thèse de l’accident est immédiatement conclue par les « enquêteurs »), il ne faut pas s’étonner de la suite des évènements. La violence engendre la violence, et la loi française doit être la même pour tous, qu’on soit assermenté ou pas.

* http://fr.news.yahoo.com/rtrs/20080218/tts-france-police-villiers-ca02f96_3.html



{février 6, 2008}   Obama casse la Baraque

Selon un sondage CSA/Le Parisien*, 38% des Français voteraient pour Barack Obama lors des primaires contre 36% pour Hillary Clinton. Peut-on déduire d’un réel plébiscite pour le candidat métis ? L’écart semble un peu faible pour cela. Toujours est-il que ces chiffres interrogent. Comment expliquer que de l’autre côté de l’Atlantique, les choses paraissent toujours plus glamour, plus belles, bref plus acceptables ? En effet, quand on sait qu’en France, les personnes noires ou qui portent des noms à consonance trop exotique se voient si souvent refuser un simple travail ou logement, comment peut-on croire qu’un président noir pourrait se faire élire en France ? Ou alors cela signifie t-il simplement que nous devenons incroyablement tolérants dès lors que nous ne sommes pas touchés directement ? “Fais ce que je dis, pas ce que je fais” en somme.

Surtout s’il s’agit des Etats-Unis. Car le pays du “rêve américain” inspire tant et tellement les foules que tout ce qui vient de là bas est tantôt reçu avec admiration, tantôt avec un mépris inconsidéré. Au point que le charismatique Obama fait oublier sa couleur de peau à un peuple qui vient d’élire un président tellement à droite qu’il frôle son extrême. Au point également de juger à tout va sans prendre le temps de balayer au préalable devant sa porte. Ainsi, ce matin, au cours d’un débat sur France Culture*, l’une des journalistes se hérisse lorsqu’Olivier Duhamel affirme que « nous sommes tous américains ». Elle explique cette réaction épidermique par le fait qu’il y a tant d’inégalités aux Etats-Unis qu’elle ne se reconnaît pas dans ce pays. L’invité John Rossant, ancien directeur de la rédaction de Business Week en Europe et Vice-président du groupe Publicis, rebondit en lui demandant si la situation dans les banlieues lui dit quelque chose. Elle rétorque alors que les inégalités en France sont bien moindres que celles constatées aux USA. C’est sûr qu’entre le petit mec qui vit en HLM à Sarcelles et celui du 15ème à qui papa-maman paye la dernière école de commerce à 10 000 euros l’année, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

L’émission s’achève sur un rapide portrait du sénateur de l’Illinois, et il est rappelé que Barack Obama a rencontré des difficultés car son père kenyan était soupçonné d’avoir été musulman. Soupçonné. Comme un fait honteux, une tare, un crime. Comme quoi, au-delà du glamour et des cultures, une seule chose demeure hélas internationale : la peur de l’autre.


* http://www.mon-sondage.com/Sondage/69/38-des-francais-donnent-leur-voix-a-obama.html

* http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/



{février 4, 2008}   « T’es ma came »

C’est en ces termes que Clara Bruni s’exprimerait dans une future chanson pour celui qui voulait nettoyer les cités au Karcher.

Si la came de Carla, c’est son canard de président, celle des journaux du moment, c’est justement le couple présidentiel fraîchement uni. Il suffit d’entrer chez un marchand de journaux pour s’en rendre compte : comme atteints de diplopie, où que l’on regarde, ce sont les mêmes couvertures, les mêmes photos et les mêmes infos qui nous agressent : « Sarkozy et Carla en Egypte », « Sarkozy et Carla en Jordanie », « Sarkozy et Carla se seraient mariés ». Si ces « unes » concernaient uniquement des magazines comme « Closer » ou « Voici » dont le fond de commerce est la vie des stars, cela n’aurait rien de surprenant. Sauf que dans le cas présent, il s’agit de nos grands hebdomadaires d’actualité générale, quotidiens nationaux et journaux télévisés qui s’abaissent à nous diffuser en masse de l’information people, plutôt que de se pencher sur les véritables préoccupations des français. A priori, les médias doivent traiter de l’information susceptible d’être importante. Est important ce qui nous touche directement, ce qui est sensé changer notre vie, notre quotidien, comme une loi, une crise financière, une guerre et autres réjouissances. Le 25 décembre dernier, le journal de TF1 ouvre sur le voyage en Egypte de Nicolas Sarkozy main dans la main avec Carla bruni. Or, un voyage privé du Président en extase devant le Sphinx, ou les mains en l’air dans le « Space Mountain » à Disneyland, n’est pas une information des plus capitales pour l’avenir de notre pays.

Ce matin, Le Figaro titre « Carla et Nicolas, première sortie », avec une énorme photo à l’appui. A droite, un papier de la moitié de la taille de la photo évoque les centaines de français rapatriés du Tchad. « Psychologies » republie une interview de Carla Bruni qu’elle a donné au magazine il y a quelques années. « VSD » titre sur Carla Bruni : Jusqu’où ira-t-elle ?

Et vous, jusqu’où irez-vous ?

Sans compter que depuis quelques mois, le premier à en pâtir est le président lui-même. Loin de moi l’envie de le plaindre car ce n’est que le phénomène de l’arroseur arrosé. A trop flirter avec les médias, il a fini par obtenir ce qu’il voulait : être en « une » partout et au même moment. Seulement, il ne suffit pas de s’attirer les faveurs du milieu médiatique pour s’attirer aussi celle de l’opinion publique. La preuve en est avec cette série de sondages toujours plus négatifs pour Sarkozy.

Bang bang, My Baby Shot Me Down…

(Lee Hazlewood pour Nancy Sinatra)

LZ



et cetera