novembre 10, 2009...2:46

Do not disturb

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manif

Malgré les constatations de l’étude du jour qui dit que les « français ont grossi » et que « cela s’explique par la quantité supérieure à la normale de sucre et graisse chez les hardiscounters », je reste fidèle à cette petite supérette qui me dépanne, pour un prix un tantinet moins cher sur quelques produits qu’ailleurs. Entre midi et deux, à une heure où mon Leader Price de quartier est souvent désert, j’en profite pour faire mes courses. Mais arrivée à la caisse, je trouve une caissière pliée en deux, qui souffle et se parle tout bas comme pour se donner du courage.

-         Ca va ? lui dis-je.

-         Oui…

Elle se redresse, me fait un sourire de circonstances, et commence à biper mes articles. Tandis que je range mes affaires, je la regarde du coin de l’œil, et je vois qu’elle s’arrête à nouveau entre deux bipages tout en tenant un coin de son ventre.

-         Ca va ? Vous êtes fatiguée…, lui ai-je dit à nouveau.

Elle se redresse de la même manière que la première fois, comme pour me faire oublier ce que j’ai vu, et elle me dit, toujours en souriant :

-         Oui… Je suis enrhumée et très fatiguée, c’est pour ça…

-         Faîtes-vous arrêter, lui dis-je, tout en sachant que dans cette société, on ne s’arrête pas forcément quand on est malade, et surtout pas dans la grande distribution. Elle m’en donne la confirmation en disant :

-         Je ne peux pas. Ma collègue s’est arrêtée et elle a pris un avertissement.

Je crois que rares sont les milieux où l’on est traité comme dans la grande distribution. Combien d’histoires rapportées de relations travaillant dans des conditions ultra difficiles où le salarié, en plus d’être très mal payé, est sous l’emprise totale des supérieurs qui se servent de leur pouvoir pour obtenir  tout qu’ils veulent, au détriment des droits les plus fondamentaux des travailleurs. Exemple : la grève. Dans la grande distribution, on observe des salaires de misère, et paradoxalement, c’est un secteur où les grèves sont quasi inexistantes. Et pour cause… Le personnel est interchangeable, le marché en crise, et les salariés savent bien qu’en cas de révolte, ils peuvent se retrouver dès le lendemain matin devant le Pôle Emploi.

esclave68ug8

« Je peux pas, elle va me le faire payer ». Ca, c’est une autre phrase que les salariés du commerce connaissent bien puisqu’on me la ressort à chaque fois que je dis naïvement : « Mais pourquoi tu ne te sers pas de ton droit à la formation ? Pourquoi vous ne faîtes pas une grève ? Pourquoi tu ne te fais pas arrêter, attends soigne-toi, t’es pas bien… ».


A chacun de mes pourquoi, on me renvoie des répliques dignes d’un bon western : « Je ne peux pas, ma responsable va me le faire payer si je fais ça ». Comment ? En vous confiant à répétition les tâches les plus ingrates de votre travail, en vous planifiant sur les horaires les plus pénibles, en vous refusant vos jours de congés et j’en passe. Dans ces secteurs, vous êtes le maillon faible de la chaîne, forcé à vous adapter à la vie de votre entreprise. C’est celui qui rampera le plus, et le plus longtemps qui pourra espérer tirer son épingle du jeu. A ces horaires impossibles (sortie à 21, 22h30 parfois), et ces vies de familles désorganisées, on a ajouté à présent un nouvel objet de chantage dont pourront user et abuser les dirigeants : le travail le dimanche. Et une nouvelle raison aux salariés de se plier pour ne pas « qu’on leur fasse payer » leur désobéissance d’avoir voulu passer un moment avec leurs proches.


Depuis hier, c’est la grève dans Paris. C’est du moins ce qu’en disent les médias qui relayent l’info, car s’ils ne nous l’avaient pas dit, personne ne l’aurait remarqué. 2/3 rames pour le RER B, trafic normal pour le RER A. Un paradis pour les voyageurs, un enfer pour les cheminots qui vont devoir faire preuve d’imagination pour reconquérir leur droit de grève abattu par le service minimum. L’idée de Dominique Bussereau, ministre des transports en 2007, et Xavier Bertrand, ministre des affaires sociales, est une merveille d’ingéniosité : Faire passer une mesure soit disant en faveur des travailleurs et du service public et taire par la même les trop gênantes et fréquentes revendications sociales des employés de la Ratp et Sncf. Moi aussi, j’ai râlé, moi aussi, j’ai marché plus d’une heure pour rejoindre mon domicile, et j’ai même fait du stop de manière inconsciente. Mais le droit de grève ne devrait jamais être remis en question. Le service minimum, peu importe la façon dont on le présente, est une insulte et une façon subtile de déjouer ce droit fondamental pour lequel se sont tant battus les travailleurs.


Voici un article décousu mes amis. Le seul lien entre ces thématiques est l’insupportable régression sociale à laquelle nous assistons. Et vous savez qui en est responsable : Ce gouvernement d’extrême droite qui ne cesse de faire plier le peuple un peu plus, un peu plus… Jusqu’à quand ? Ne nous laissons pas faire.

24 commentaires

  • A mon tour, j’aimerais comprendre comment il se peut que la très large majorité du peuple français supporte ce qu’il conviendrait désormais d’appeler un tyran, ce Président de la République qui n’a de puissance que celle qu’on lui a donnée par nos votes, qui n’a pouvoir de nous nuire qu’autant que nous le voulons bien, et qui ne pourrait nous faire aucun mal si nous nous y opposions vraiment.

    Aujourd’hui, à l’évidence, des millions de femmes et d’hommes en ce pays sont asservis. Nous le sommes, non pas sous la contrainte ou la force, mais bien parce que ce leader, élu, semble opérer sur nous une fascination qui réduit presque à néant l’expression de notre dégoût envers toutes les injustices et le cynisme qu’il nous assène pourtant jour après jour.

    Contraints à l’obéissance, acceptant le nouvel impôt, acceptant les interdits commandés par le principe de précaution, regardant l’étranger d’un œil méfiant, l’esprit abreuvé de principes xénophobes sinon racistes, nous, peuple français, sommes asservis.

    Il faut qu’on se libère !

    • J’ai mis un lien vers ton texte BaRT car je le trouve bien écrit et en rapport avec ce que j’ai écrit aujourd’hui.

    • Bart, que dis-tu ?
      “Ce président semble opérer sur nous une fascination” ?!
      Il ne m’a jamais fasciné moi !!!
      Et il ne me fascinera toujours pas demain, après demain, ni l’année prochaine ou en 2012 !

      En toute honnêteté, toi Bart, Dalynouche ou même le lecteur qui prend connaissance de ce billet. Vous croyez réellement que ce président va tenir ainsi jusqu’en 2012 ???

      Si tel est le cas, je suis sans doute le plus naïf de nous tous, mais aussi le plus optimiste, car moi je crois au soulèvement du peuple et je pense que ce dernier se fera entendre bien avant la fin de ce mandat.

      Vous ne ressentez pas la saturation ambiante qui règne, et qui s’accroît chaque jour ?
      Eh bien moi je la ressens et je pense bien qu’elle aura raison de cette politique destructrice du pays !

      • J’avoue Obi, le terme “fascination” n’est pas le bon… je ne peux pas dire non plus qu’il me fascine… en fait j’ai écrit ce texte en “plagiant” le discours sur la servitude de La Boétie… et je crois que nombre de français semblent fascinés au premier sens du terme “immobilisé par la seule puissance du regard”, ou du discours… de l’image… (mais en aucun cas “éblouis par le prestige, la beauté ou encore l’ascendant”, seconde acception du terme, sauf quelques irréductibles comme rama yade qui malgré tous les coups bas, voit en lui encore un mentor…) A y réfléchir, peut-être aurais-je pu glisser une influence ici plutôt que de la fascination… “influencés” aurait été plus juste, ou bien encore “abusés”, “manipulés”, “trompés”…

        Pour réagir à la seconde partie de ton propos, ce “plagiat” de La Boétie visait bien à exprimer, sinon l’optimisme, au moins la possibilité que le peuple a de foutre dehors son maître… La saturation vient mais l’entretien d’un registre de la peur au quotidien, en toutes choses empêchent jusqu’ici cette révolte salvatrice, émancipatrice… toutes les consciences ne sont pas encore rendues au défouloir… le refoulement opère encore trop, individuellement… le passage à l’expression collective de cette souffrance qui se généralise et du désir profond de la contrarier en chassant ceux qui la génèrent, ce passage tarde… mais vient sûrement.

        Haut les coeurs !

      • Srkzy fera un 2nd mandat faute d’alternative. Le fra

      • Je pense comme toi Obi tu sais. Je me dis que c’est pas possible que ce mec soit réélu… et parfois, en surfant sur le web, en lisant les commentaires des gens sur l’actu, je t’assure, j’ai peur du contraire.
        Exemple, un forum sur le boulot, une nana qui raconte qu’elle est harcelée par son patron et envisage de quitter la boite, et là t’as la horde d’umpistes qui se pointent :” aaaah c’est honteux!! y’en a qui rêveraient d’avoir un job!!!“. Ou encore plus récemment, un article sur la situation des mères célibataires qui s’est aggravé, et là t’as le fan club du Nain 1er “OOOhhhh eh ben elles avaient qu’à y penser avant d’avoir des gosses, maintenant faut assumer!!“. Super la solidarité !

        Ceci dit, je persiste à espérer le contraire. Une once de naïveté ou d’espoir me dit que non, ça ne passera pas une 2ème fois.

  • Le petit timonier a aussi contribué à la chute du mur de Berlin, creusé la canal de Panama, déboulonné la statue de Saddam, sauvé des bébés à Neuilly …

  • Je ne peux qu’approuver ce que tu dis.
    Pour avoir travaillé dans la GD, c’est exactement comme ça et c’est de pire en pire depuis que je l’ai quittée.
    Tu te fais accuser pour un rien, tu as juste le droit de la fermer (sauf qu’avec moi, cela ne marchait pas puisque je me renseignais mais j’ai toujours su et pu en parler). Avant de quitter tout ça et heureusement.
    le travail du dimanche, tu sais que je suis contre. Ceux qui travaillaient déjà n’auront rien de plus. Même s’il est interdit de ne pas embaucher quelqu’un car il ne veut pas travailler le dimanche, ils le font tous.
    Quant au droit de grève, parlons-en. Tous nos droits sociaux s’en vont petit à petit. En 2012, il ne nous restera plus rien

    • Ben voilà. Parfait état des lieux Angelita. Voilà vers où on va ! Ce qui me choque aussi, c’est de savoir que Sarko a été élu par des précaires qui vivent cette situation au quotidien et se sont bien fait entubés avec le pouvoir d’achat et les heures sup’ défiscalisées. Le résultat en 2 ans et demi est encore pire que ce que j’imaginais !

  • Sans oublier que d’être une femme c’est limite “handicapant” :-(

    • Pour les femmes, la situation n’évolue pas au point de vue travail, elles restent les premières en situation de précarité : travail à temps partiel, gestion du foyer, du ménage… tant d’inégalités sur ce plan aussi Sam. Mais on n’en parle pas… ce qui les préoccupe c’est de savoir si on chante la Marseillaise sous la douche le matin !

  • Ce que tu dis sur la grande distribution me fait peur. C’est vrai que mon salaire est bas et que je n’irai pas me plaindre de quoi que ce soit parce que y a des jours que j’aimerais avoir en congés….

  • Rien à rajouter !!
    Sinon, tu savais que c’est pas Jésus qui est mort sur la Croix….tu devines qui c’est…

    Bise et continue de t’énerver, j’adore ;)

  • c est vrai , j’avais déja posé la question a une caissière malade mais elle avait été super vague …C est dégueulasse REBELLION !!!

  • Moi ce que je trouve dégueulasse c’est tous ces collègues de travail qui font le jeu de cette politique d’asservissement des salariés ; je travaille dans un service informatique, on est quatre avec le chef ; bon le chef il est forcément du côté du patron, mais mes collègues sont de vrais serpillères, faux-jetons, toujours à dire oui quand il faut dire oui!
    Il y a des jours où je me sens bien seul et d’autres jours où j’ai bien envie de faire sauter la marmite!

    • Je crois que BaRT aurait beaucoup à raconter en ce moment sur ce que tu évoques Louis… Dur de se battre quand il n’y a pas de solidarité, que les gens font semblant de raler dans les couloirs et ferment leur gueule au moment T.

  • oui je suis d accord , je ne comprends pas les moutons collabos fayots !

  • Bon je sais que j’arrive tard mais tant pis. Donc oui, oui mais non.
    Oui pour la grande distribution où les esclaves n’ont que le droit d’avoir peur et sont tous volontaires pour tout.
    Oui pour le droit de grève.
    Mais NON majuscule pour le service public. Service public a un sens et doit le garder donc soit c’est du service public soit on privatise et basta. D’autant plus que les grèves ont des motifs dérisoires au vu des conditions de travail des non privilégiés et ressemblent plus à des prises d’otages qu’à des grèves.

    • Joker,

      Oui, je suis assez d’accord avec ce que tu dis. Mais en même temps, les privilèges du service public leur permettent aussi par la même de manifester pour tout le monde… objectivement, les mouvements sociaux les plus forts sont bien souvent lancés par les salariés du public. Donc, si on leur enlève aussi ça, c’est aussi une façon de fermer la bouche à tout le monde d’un coup.


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