Le Magazine « Envoyé Spécial » a vraiment une dent contre les nems. Il y a 4 ans, vous avez sans doute vu ce fameux reportage, où les journalistes alertaient sur l’hygiène déplorable de certains traiteurs asiatiques. Quand je dis « sans doute », c’est parce que personnellement, je ne l’ai pas vu, mais qu’autour de moi, TOUT le monde m’en parle. Ca fait 4 ans que ma maman fait une grimace dès que je dis que je vais manger chinois. Le week-end dernier encore, je revois une amie d’enfance qui me dit son dégoût pour la bouffe chinoise… et de préciser « Tu sais, j’ai vu un reportage chez Envoyé Spécial ». Donc, sans avoir vu ce reportage, je me doute qu’il devait être bien gore pour avoir écœuré toute la planète à ce point là.
Hier soir, j’allume ma télé, et ô surprise ! « Envoyé Spécial » a décidé de remettre ça, avec un reportage sur le même sujet. L’angle ? Voir si 4 ans plus tard, les choses ont évolué. Après avoir loupé le reportage le plus retentissant du siècle, je décide donc de ne pas rater cette suite afin d’être un peu plus au courant quand les gens grimaceront à chaque fois qu’ils entendent le mot « nem ».
Et là, franchement, je dois vous avouer que je suis restée sur ma faim. Le journaliste Jean-Charles Doria commence par suivre un business illégal de vente de barquettes de sushis. Pendant 15 minutes, il suit une jeune asiatique qui vend des barquettes de sushis au noir. Oui, bon. Le travail clandestin, je crois qu’on connaît déjà et cela ne concerne pas que la nourriture asiatique. Nous assistons à de gênantes interpellations policières, où le flic prend un ton péremptoire face à des asiatiques qui ne parlent pas bien notre langue. Le journaliste nous dit en voix off que le trafic de barquettes peut leur faire gagner 1 000 à 2 000 euros par mois. Ouais, pas de quoi se faire le Fouquet’s non plus quoi. Donc, toute cette partie du reportage ne nous apprend strictement rien.
Ensuite, il essaie de mener l’enquête sur les méthodes de confection des produits. Il filme des cuisines, où on voit en effet des cuisines pas très soignées, certains ustensiles usagés, et des poissons crus pour sushis qui ne sont pas toujours bien protégés. Malgré la voix off grave du journaliste, les insinuations et les plans caméras, je ne suis toujours pas choquée. Alors, le journaliste décide de passer à la vitesse supérieure : il se rend chez 10 traiteurs parisiens et fait analyser 32 plats achetés. Il s’avèrera ensuite que sur ces 32 plats, 13 sont déclarés « non-satisfaisants au niveau de l’hygiène » par le laboratoire. Ces chiffres peuvent effrayer à première vue, mais s’ils ne sont pas mis en relation avec d’autres chiffres, pour moi, ils ne veulent toujours rien dire. Et si on faisait une enquête Mc Do ou Quick? Et KFC ou Hippopotamus ? Je pense que ce serait intéressant de comparer, on risque d’avoir des surprises. Un jour, il m’est arrivé d’être au Mc Do et de voir une souris passer. Vrai de vrai. Donc jeter l’opprobre sur l’hygiène des asiatiques, en donnant l’idée qu’ils ont le monopole de la saleté et des aliments « non-satisfaisants au niveau de l’hygiène », cela me semble être encore une fois un reportage sensationnaliste et voyeuriste à deux balles, sensé effrayer la populace devant son écran.
Mais ce n’est pas tout. Il y a ensuite une spécialiste (nutritionniste mais je ne suis plus sûre, peu importe) qui intervient pour dire que les conséquences peuvent être très graves, que l’on peut se retrouver avec une contamination sur les bras… Blablabla. Sauf que moi, ce que je voudrais qu’on me dise justement dans ce reportage, ce ne sont pas les craintes et autres supputations sur la dangerosité potentielle, ce sont les FAITS. Y a-t-il eu oui ou non déjà des cas d’intoxication alimentaire due à l’ingestion de produits asiatiques ?
La réponse, je l’aurais plus tard par le journaliste invité en plateau. D’ailleurs, c’est marrant, il a presque fait un lapsus en répondant « non, c’est ça le bém… ». Comprenez le bémol. Ben oui, parce que c’est dommage pour l’enquête ça. Passer 45 minutes à parler hypothèses, en pourrissant le business de milliers d’asiatiques et répondre ensuite qu’il n’y a JAMAIS eu de cas d’intoxication recensés, ça la fout mal en effet. Envoyé Spécial, y’à pas à dire, c’est le niveau ZERO du journalisme en France.





21 commentaires
mars 20, 2009 à 9:55
Ce reportage m’a énervé … je me suis dit qu’ils verraient mieux de s’intéresser aux trafiquants de drogue plutôt qu’à ces personnes qui apportent un repas équilibré aux commerçants pour un prix raisonnable.
Puis le 2nd reportage sur les étudiants et les conditions de vie dans les cités U était révoltant aussi!
mars 20, 2009 à 10:18
hypothèse ou pas, le doute est là …
mars 20, 2009 à 2:08
@ Miss brownie : le second reportage m’a tout autant énervée que toi, miss Brownie, et c’est ce qui fait que je conclue sur le fait qu’Envoyé spécial est vraiment une usine à reportages bidons. Ca se la joue crème de la crème du journalisme, mais quand tu grattes un peu, entre eux et le Droit de Savoir c’est exactement la même chose ! (Au fait, je me demande toujours, t’as un blog toi ?)
@ Sylvie : oui, mais le doute est partout. Pourquoi accentuer celui-ci plutôt qu’un autre ?
mars 20, 2009 à 2:31
la vengeance est un plat qui se mange froid (comme les sushis !)
le journaliste a peut-être fait une indigestion après un repas chez le chinois ;-°
mars 20, 2009 à 2:55
Sylvie, même pas ! Puisqu’il disait chez Morandini juste avant qu’il continuait à manger chez les traiteurs asiat’, et qu’il n’évitait que les sushis… Donc on a envie de lui dire, pourquoi tu terrorises la France puisque toi tu continues à en bouffer ? lol
mars 20, 2009 à 3:06
il ne veut plus faire la queue pour avoir une table !! :-°
mars 20, 2009 à 3:21
Guy Bedos, aimait à rappeler qu’”il y a des journalistes qui ont appris leur métier à l’école hôtelière”, autrement dit, qui “posent les questions comme on passe les plats.”
Je trouve cette citation de circonstance pour qualifier le niveau zéro de l’émission “envoyé spécial” d’hier, qui nous a servi en guise d’information, du plat micro-ondable, et réchauffé encore !
Et puis c’est quoi ce journaliste qui se paye notre gueule à la fin de son reportage en glissant sur un “bémol” (a-t-on bien entendu ?), sans cravate, la chemise ouverte sous une veste mal ajustée, laissant voir les quelques poils d’une virilité de salon aux spectateurs et aux deux maîtresses de cérémonie dont on aimerait qu’elles arrêtent de laisser entrer des sujets aussi ineptes dans l’émission qu’on leur a confiée.
Je n’ai pas fini.
Il y a 4 ans donc, un même reportage avait déjà permis de lâcher les gens de l’hygiène chez tous les traiteurs asiatiques de paris… à l’époque déjà, le nombre de problèmes d’intoxications alimentaires dues à l’absorption de nems et autres riz cantonnais souillés à l’urine et je ne sais quoi encore, ne devait pas être bien important, vu qu’aucun avis du ministère de ladite hygiène n’avait alors été rendu public à coup de campagne de prévention comme on sait si mal les faire en france…
Question : est-il possible que ce réchauffage d’informations maltraitées par une démarche de journalisme maltraitante (regarder les gars de l’hygiène se moquer, dénigrer une population sous prétexte de nous informer sur les risques alimentaires…) constitue une stratégie visant à faire qu’une information devienne vraie par la simple répétition, et ce, dans un but politico-économique qui s’est bien rendu compte que les chinois, japonnais et autres asiatiques, toutes catégories confondues, toutes confusions autorisées (les vieux relents racistes et xénophobes ne sont jamais très loin), sont probablement les seuls à ne pas connaître la crise…
de foi !
mars 20, 2009 à 3:21
OUais Sylvie, c’est peut-être ça !
mars 20, 2009 à 3:34
Bravo pour ton commentaire Johnny. Tu as mis les mots sur ce que je pense par extension, et que je n’ai pu dire dans mon billet faute de concision. On veut dénigrer le travail des chinois, en prétextant de faux risques sanitaires, tout ça parce que ça leur fait mal aux dents que la barquette était vendue à 3 euros! Et oué, va trouver aussi compétitifs que ça sur le marché… A Paris, t’as un café crème à ce prix là. Alors quoi de mieux que de diaboliser pour détruire une économie parallèle dont on ne tire pas de bénéfices.
Les hypothèses sont nombreuses, mais ce qu’on peut dire avec ces pseudo-reportages (que je qualifierais plutot publi-reportage du pouvoir), c’est que les effets recherchés n’ont au final que très peu à voir avec les sushis et leur hygiene !
mars 20, 2009 à 3:36
mars 20, 2009 à 4:49
Ça m’est arrivé 2-3 fois le coup de la souris dans le resto dont une seule fois dans un resto chinois, à Lyon, ce qui ne m’a pas empêchée d’y retourner 15 jours plus tard pour souligner mon départ tellement c’était bon (grâce à la souris? Leurs cocktails étaient à tomber!).
Les rares fois où j’ai été malade c’était chez un indien, un italien et… un français.
Et puis ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort!
mars 20, 2009 à 5:23
Ce n’est pas quelque chose de nouveau que Envoyé Spécial nous sert un reportage sans fond, et sans investigations réelles, le soir en prime time. D’autant plus que les méchants Chinois vont être les grands de demain et on flippe de ça! Alors ouaiiiis c’est tous des salauds qui nous fouttent des aliments pourris dans nos assièttes. Mais sure! Par d’étude sur les grandes firmes de restauration, non non non, ça pourrait leur couter sur le budget pub, déjà peu élevé de FR2. Bref…encore une fois ça nous montre l’incompétence de ce que l’on nomme journaliste…
mars 20, 2009 à 5:35
J’avoue, le reportage m’a endormie en 10 minutes sans me faire changer de cuisine.
mars 20, 2009 à 7:40
Je ne pense pas qu’il y ait derrière ça une quelconque stratégie politico-économique de mésinformation, j’y vois simplement l’expression d’un mauvais journalisme. Ce qui n’est pas particulièrement rassurant, certes. :-/
mars 20, 2009 à 8:27
@ elfi’ : c’est tout à fait ça. J’en arrive à me demander si on peut faire un vrai travail de journaliste. J’ai eu une aventure en ce moment avec un groupe de presse, je raconterai ça plus tard, mais quand c’est la pub qui dicte le contenu, ce n’est plus du journalisme.
@ Kielut : lol, et ben tu n’as rien raté… esperons que la majorité des tv-spectateurs auront le même recul que toi !
@ Captain : Nul ne sait s’il y a stratégie ou pas derrière, on ne peut que supposer. Je trouve qu’il y a quand même de l’acharnement… et en attendant qu’on me donne une autre explication, je ne vois que ça.
mars 21, 2009 à 1:13
Mais bien sur qu’il y a stratégie, envoyé spécial est tombé bien bas et nous sers tous les ans cette soupe là.
Bientôt ce sera(de nouveau) le tour de kebab.
Pour moi c’est une diabolisation pure et simple, mais ce qu’oublie ES c’est qu’on a nous tellement servi cette soupe là(cf, le droit de savoir et autres enquêtes spéciale)que je suis même persuadée que le lendemain les restos ont doublé le nombre de couverts.
Moi perso j’ai zappé et ce midi j’avais vraiment envie de me faire un chinois!
mars 21, 2009 à 11:09
je ne peux m’empêcher de profiter de ton post pour rebondir en matière de santé publique, d’hygiène et de développement durable comme ils disent, et surtout en matière de qualité journalistique.
ce matin, au petit déj’, j’ai zappé et je suis tombé sur l’émission de pernaut sur tf1.
y avait un reportage sur le tri des ordures ménagères. édifiant.
on y découvre la manière dont le maire d’un village à instaurer un système de paiement des ordures ménagères au kilo : le fameux bac vert est systématiquement équipé d’une puce qui permet d’identifier le propriétaire et de peser le poids d’ordures ainsi envoyées à la déchetterie. on nous montre une mère de famille dans son pavillon avec sa fille à qui elle apprend le tri au sous-sol de leur maison. il y a là un bac pour le plastique, un pour le verre, un pour le papier, un pour le carton, un pour…, un autre encore… elle nous explique comment elle a ainsi réduit le poids de son fameux bac vert (comme écolo) mais on ne saura pas que deviennent les ordures du sous-sol… plus tard, on la suit dans un magasin dans lequel, après avoir payé, elle peut laissé dans des bacs prévus à cet usage les emballages de ces produits, ce qui réduit d’autant le poids de ses ordures futures. le responsable du magasin revendra ses déchets qu’il a fait trier par le client… pas con. au passage, je souligne que de plus en plus le client travaille pour le patron (on remplit désormais tous nos feuillets de dépôts de chèques à la place de notre banquier, par exemple…). tout bénéf’ donc
mais revenons à nos ordures. le maire du village ne s’est pas arrêté là. il a institué une brigade verte chargé d’enquêter sur les dépôts d’ordures sauvages. eh oui, certains des habitants n’hésitent pas à déposer des ordures nuitamment et sans bruit. les mecs, appelés (dénoncé) par un voisin scandalisé, débarquent sur “le lieu du crime” (des barres !) pour photographier le sac d’ordures et le fouiller afin de trouver des indices qui les mettraient sur la piste du “criminel”… plus tard, faute d’indice, ils n’hésitent pas à aller déranger les voisins pour demander si, par hasard, ils ne sauraient pas de qui il s’agit… voire “ce n’est pas vous qui avez déposé…” (re des barres !)… le délinquant risque jusqu’à 1500 euros d’amende… j’en passe et des meilleures, c’est signé pernaut, modèle déposé villeneuve ou namias… digne d’envoyé spécial, vraiment…
en guise de conclusion :
qui croyez-vous qui sera en difficulté par rapport au tri ? qui paiera pour les autres ?… les pauvres évidemment, qui travaillent du matin au soir et qui n’ont pas le temps de trier, ni la place pour les bacs à ordures… qui paieront donc des amendes…
malin comme système…
on a compris désormais que faire payer un million de pauvre 1 euro d’amende, ça rapporte plus que faire payer 1000 euros à quelques centaines de riches…
journalisme de merde ! monde de merde !
REVOLUTION !
mars 21, 2009 à 11:18
ps : désolé pour le fautes… ça m’vénèr’ trop ce journalisme véhiculant des idéologies sécuritaires. ça favorise le développement durable de modes d’agir et de penser racistes, xénophobes, voire plus graves encore.
la violence symbolique qui s’exerce à travers l’idée d’une brigade verte, qu’une poubelle soit l’objet d’un crime, qu’un voisin puisse dénoncer un acte aussi dérisoire, devrait nous interroger sur la manière dont on fabrique le monde de demain… ça commence aujourd’hui…
ps 2 : relire bourdieu, vite !
mars 22, 2009 à 8:08
Perso, pas vu le reportage, mais il parait qu’en audience, ils ont fait mieux que TF1 et Minority Report ! Ce qui est exceptionnel pour du docu. Dommage qu’ils ne profitent pas de cette aura pour faire autre chose que du sensationnalisme à trois balles cinquante !
mars 22, 2009 à 10:23
Du racolage, ni plus ni moins. Du “journalisme” orienté, à la solde du renforcement des préjugés.
mars 29, 2009 à 9:00
Bravo ! Bien envoyé ! : )