septembre 5, 2008...5:53

Pouvoir d’achat : sur la paille ou sur la brèche ?

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Hausse du prix du pétrole et des matières premières, hardiscounters reconvertis en Monoprix, et loisirs de bases devenus produits de luxe, nous sommes tous d’accord pour constater la baisse de notre pouvoir d’achat. De ce fait, pas un jour ne passe sans qu’une émission de télé ne consacre un reportage sur le sujet : Système D, les 50 façons de faire des économies, Capital et j’en passe. Le 13h de Pernaut dispose même d’une partie spéciale où il traite du phénomène chaque jour. De leur côté, les publicitaires ont bien compris le message, à savoir que pour vendre, il va falloir nous mettre du « pouvoir d’achat » à toutes les sauces.

Mais au milieu de tout ce tintouin, nous assistons parfois à des déclarations tellement excessives, que je ne peux m’empêcher de me demander si ce pouvoir d’achat en berne, n’est pas perçu et raconté exagérément. Ne sommes-nous pas influencés inconsciemment par ce matraquage permanent ?

Hier soir, Envoyé Spécial sur France 2 consacrait un sempiternel reportage sur le sujet. A cette occasion, les journalistes suivaient des familles en vacances, restaurateurs, et différents prestataires de services (location de jet-ski…). Parmi ces gens là, une famille de 4 personnes, qui a loué une semaine de vacances en camping. On la suit à la plage, en balade, à la recherche d’un restau au prix abordable (gratuit ?), bref, dans son quotidien. C’est là que je bondis. Je me rends compte que les parents fonctionnaires ne cessent de se plaindre et que leurs paroles ne collent pas avec les images. Exemple : la mère nous ouvre son frigo blindé de produits en tout genre tout en affirmant telle Cosette : « Vous voyez, hein, on prend le strict minimum, on fait très attention ». Moi, je vois surtout que le frigo déborde, et que pour certaines personnes, même à Noel, ils n’ont pas autant de nourriture.

Ensuite, c’est une succession de plaintes. A la plage, ils se plaignent que leurs pauvres enfants faisaient plus d’activité l’année dernière que celle-ci. La petite fille raconte que l’an passé, elle a fait du quad et que cette année, ce n’est pas possible. Je suis désolée mais ne pas faire de quad n’est pas un signe d’appauvrissement pour moi. Dans la vie, on ne peut pas faire ce qu’on veut quand on veut. Peut-être que l’an dernier, les enfants ont fait du quad mais ils n’ont en échange sans doute pas bénéficié d’un autre loisir, restau ou autres. De plus, voir cette famille à la plage au bord de la mer se plaindre alors que certains n’ont même pas les moyens de partir, je trouve vraiment cela excessif.

Le pire vient à la fin du reportage où le père fait ses comptes. Pour une semaine à la plage tout compris (nourriture, location, transports, loisirs, extras…), il totalise 800 euros. « C’est trop cher, pour moi le budget c’était 500 euros ». Là, je trouve ça comique. Reste chez toi coco si tu crois que tu vas trouver une semaine tout compris pour 4 personnes à 500 euros. 800 euros pour 4, c’est le tarif moyen. Et c’était déjà le cas l’année dernière. Les prix ont certes augmenté, mais ils n’ont pas été multipliés par dix non plus.

A écouter tous ces gens, on a le sentiment que les restaurants sont subitement devenus déserts, que nous sommes tous passés au co-voiturage pour réduire nos coûts, et que nos frigos font des courants d’air quand on les ouvre. Or, ce n’est pas le cas. Je pense qu’il y a des personnes pour qui cette hausse des prix a réellement eu un impact dans leur quotidien, mais ce sont celles qui avaient déjà du mal à joindre les deux bouts avant la crise : travailleurs pauvres, les personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, les rmistes, les chômeurs, toutes ces personnes pour qui 1 € est 1 €. Maintenant, pour les classes moyennes, on ne va pas me faire croire que cela a radicalement changé leur mode de vie. C’est juste devenu plus dur.

De la part des médias, il y a certes une récupération purement vénale de l’exploitation à l’excès de ce fameux pouvoir d’achat. Et pour cause, il faut bien surfer sur la vague pour espérer faire de l’audimat. En revanche, en ce qui concerne le français lambda, je ne pense pas que ses propos soient malhonnêtes. Je pense qu’il est tout simplement un peu trop influencé par le discours ambiant, et manipulé. Un journaliste prend contact avec vous pour faire un sujet sur le pouvoir d’achat, forcément, vous allez naturellement aller dans le sens du journaliste. « Oui, c’est dur, ah maintenant que vous le dîtes, c’est vrai que l’année dernière, je m’étais acheté un mascara Dior, alors que cette année, je me suis contentée d’un Gemey-Maybelline ». C’est ainsi, si quelqu’un de moche nous répète sans arrêt qu’il se trouve beau, nous aurons tendance à chercher ce qui est joli chez lui. A l’inverse, quelqu’un de très beau qui se dénigre, nous serons alors focalisés sur le ridicule mini défaut qui passait inaperçu au départ.

8 commentaires

  • Amusant que vous traitiez ce sujet. Je me suis moi-même posé cette question en des termes similaires. Comme je suis un rien parano, je me suis demandé aussi pourquoi on faisait tout un plat autour de ces thèmes : perte de pouvoir d’achat, difficulté de + en + grande à joindre les 2 bouts, sans parler de l’irruption d’une génération dite de travailleurs-pauvres.

    Que signifie l’emphase mise sur ce phénomène ?

    S’agit-il d’une technique de conditionnement des consciences visant à créer des réactions du type : “Finalement, dans ce merdier, je m’en tire plutôt pas mal”. A la fin, je me demande s’il ne s’agit pas tout simplement d’une manoeuvre perverse pour susciter, au sein de l’opinion publique, des comportements d’effacement, de résignation, voire de soumission.

    Croyez-vous que je sois devenu totalement paranoïaque, Dalyna ?

  • @ amelimelo, pour moi, pas de changement, je consomme autant… :/

    @ Jean-Marc, je n’avais pas pensé à cette hypothèse, mais c’est vrai que le message subliminal de tout ce tapage au pouvoir d’achat peut être d’amener les gens à penser “il y a pire que moi”, donc d’entraîner les comportements d’effacement dont vous parlez…

    En tout cas, vos deux commentaires me poussent à penser que non, je ne crois pas que nous soyons tous devenus parano en même temps… Je pense réellement que ce message arrange certaines personnes.

    Merci d’être passés :)

  • Perso. moi je constate que oui y’a des choses que je ne fais plus. Finis les spectacles et sorties. Acheter des fringues (si j’en ai vraiment besoin et ce n’est pas souvent le cas…).
    Resto ??? J’en suis arrivée à me fixer le prix que je dois dépenser et juste un plat et un café (l’entrée et le dessert : on oublis, même si j’en ai envie…) Il m’arrive de refuser de sortir, car je sais que l’addition va être saler.
    Finis le temps où je sortais sans me soucier de combien ça aller me coûter…
    Et mon frigo et bien vide… Mais bon pour l’instant, je ne suis pas encore à faire la manche dans le métro. Alors je suis pas à plaindre :S

  • C’est étonnant ce que tu dis car ton niveau de vie semble avoir été fortement réduit en un rien de temps. Passer de “ne pas se soucier de l’addition” à refuser de sortir pour éviter la dépense, je trouve qu’il y a un contraste. Personnellement, l’année dernière, je me souciais autant de l’addition que maintenant, rien n’a changé… Je gère mes dépenses, mais cela a toujours été le cas. Je n’ai pas connu cette période d’abondance de l’an passé où tout était gratis ou si peu cher… Dois-je en déduire que ce sont tes revenus qui ont énormément baissés ? Car je persiste à dire que les prix des spectacles et restau n’ont pas augmenté tant que ça. L’an dernier, ils étaient quasiment au même prix.

  • Pouvoir d’achat ce qui va changer en 2009:Loi de modernisation de l’économie – les soldes libres
    Tous les commerçants, petits ou grands, seront autorisés à pratiquer deux semaines complémentaires de soldes par an, à des dates qu’ils choisissent librement. Cette mesure permet aux commerçants de dynamiser leurs ventes et d’écouler leurs stocks, sans risque juridique. Et surtout, cette mesure est favorable au pouvoir d’achat des consommateurs, qui vont bénéficier de plus de réductions de prix tout au long de l’année.

    Kiwiboo (http://www.kiwiboo.com) va relayr cette initiative pour que tout le monde ache où faire de bons plans…

  • Alors pour moi qui n’ait jamais aussi bien gagner ma vie, je suis en cdd depuis quelques années dans une boîte toujours la même qui me rappelle… Et là ça va peut-être se terminer, et je me retrouve une fois de plus à pointer… Là, en plus ma fille (que j’ai élevée seule, avec son frère sans aide du père aucune) est obligée de continuer ses études dans une grande ville, en l’occurrence Paris. C’est hard ! Mais au moins j’ai pu l’aider à s’installer… après soit elle bosse en étudiant (pas évident à cause des emplois du temps etc) soit elle fait un prêt étudiant… Pas d’autres moyens… C’est depuis l’euro que c’est exponentiel l’augmentation des produits… notamment en grande surface ! Resto et sortie moins effectivement… Fringues moins aussi… C’est les p’tits trucs qu’ont ne voient et on ne se rend pas compte !!

  • Alors là, je trouve ta remarque pertinente. C’est en effet depuis l’euro qu’on note une véritable hausse des prix, et pas seulement depuis 6 mois comme semblent le souligner tous les journaux. Le pouvoir d’achat, ça fait bien un moment qu’il est attaqué. Quand on va prendre un café en terrasse au prix de 3.80 € ou un demi à 5 euros, et qu’on se met à convertir en francs, on voit tout de suite l’arnaque : 25 fcs pour le café et 30 balles pour le demi, ça fait chéro en effet…


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