juillet 11, 2008...8:24

Partenaires pour la ville ou pour la vie ?

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Hier, en me rendant dans ma banlieue natale, quelle ne fût pas ma surprise lorsque je montai dans le bus : deux « partenaires pour la ville » en chair et en os m’accueillaient en chœur de leurs bonjours. Waow la claque. Et moi qui les pensais tous enterrés avec le parti Socialiste, les revoilà, les survivors de la politique Jospin qui déferlent à nouveau sur la banlieue.

Alors, comme vous n’êtes pas tous issus de Saint-Denis, cela ne m’étonnerais pas que la plupart d’entre vous ignoriez complètement ce qu’est un partenaire pour la ville. Faire du ramassage bénévole de déchets ? Jurer fidélité ad vitam aeternam à sa commune ? Etre pote avec le maire ? Mais non, mais non. En gros, à l’époque du gouvernement Jospin, Martine Aubry, Ministre de l’Emploi, avait créé les emplois-jeunes, sorte de CPE permettant aux jeunes peu ou pas qualifiés d’avoir l’assurance d’un boulot pendant 5 ans pour démarrer leur vie professionnelle.

Sept entreprises (dont la RATP) décidèrent donc de s’associer à cette idée en recrutant des partenaires dont le rôle officiel est « d’assurer une régulation, une animation et une médiation de proximité ». Une recrue, puis deux, puis trois… Bientôt, nous décomptions quasiment autant de partenaires pour la ville que d’habitants. Jusqu’ici tout va bien, sauf qu’ils ont juste oublié un truc au gouvernement : « partenaire pour la ville », ben c’est pas un métier.

Après cinq années de bons et loyaux services, tu te retrouves purement et simplement au chômage et surtout, sans aucun savoir faire. Va postuler ensuite en écrivant sur ton CV : profession : partenaire pour la ville. Expérience : pendant 5 ans, je me suis baladé, j’ai parlé avec des gens, je me suis fait des copains, et j’ai même rencontré ma future femme. En effet, hier, les deux jeunes hommes ont passé le voyage entier à se chahuter comme des gamins et à draguer deux filles du bus.

Extraits.

« Wesh, t’es tunisienne ?? Algérienne ? Marocaine ?? Oranaise ??… » (Les frontières mondiales s’arrêtent souvent à celles du Maghreb dans leurs esprits), « Ouais, c’est pas bien, tu crois à l’horoscope toi ? C’est pas bien ça chez nous t’as u… » (Peut-être que c’est en cela que consiste le rôle de médiateur de proximité : en imposant ses idées), et les deux collègues se chamaillant comme dans une cour de récré : « Aaah les berbères sont des barbares… » (Ca, ça doit être pour la régulation).

Voilà qui nous en dit plus sur le véritable intérêt de cet emploi : il n’y en a pas. Et cela, tout simplement parce que ce n’est pas un métier et que cela ne demande aucune compétence. Il s’agit juste d’être là, se balader, éviter qu’il y ait des embrouilles, dire aux jeunes de valider leur titre de transport, mais attention ! Uniquement dans un langage intelligible pour les populations locales. C’est-à-dire qu’à la place du contrôleur de base qui dirait « Bonjour M’sieur, M’dame, Puis-je voir votre titre de transport s’il-vous-plaît ? », le gouvernement a pensé qu’il serait préférable de mettre un jeune qui dirait « Wesh, t’as u, mets un ticket sérieux, vas-y ça se fait pas, fais pas le bouffon ». Je me demande s’il y a des remises à niveau avant de prendre son poste. Si l’ensemble des banlieusards ne s’expriment pas ainsi, en revanche, tous les partenaires pour la ville que j’ai croisé, curieusement, sont toujours des Bernard Pivot de Wechisme.

J’ai bien compris que l’idée est de donner du boulot à ces jeunes qui n’en ont pas. Seulement, je suis embêtée par cette idée que la banlieue est un pays où il existe des professions spécifiques. En France, on combat l’exclusion par l’exclusion. Comme toutes les politiques successives n’ont menées à rien, on a pensé que plutôt que d’harmoniser le territoire, d’aider ces jeunes à sortir de leur trou, en leur permettant notamment d’accéder à la même éducation que les autres, aux mêmes grandes écoles, aux mêmes emplois, il est plus simple de créer des jobs spécifiques pour les renfermer sur eux-mêmes. Un emploi qui, en plus de ne servir et ne déboucher à rien, les enferment à tout jamais : dans un langage et un emploi spécifique circonscrits aux frontières de la Seine-Saint-Denis. C’est typique de la politique des grands frères. Face à la difficulté, l’Etat a préféré démissionner. Si la droite a sauté sur l’occasion de critiquer la gauche d’être responsable de cette politique d’échec, j’imagine que l’apparition de ces « Partenaires pour la ville Bis » sont la conséquence du fameux plan banlieue qui s’annonçait révolutionnaire. Reprendre de vieilles idées, en effet, quelle révolution ! Lorsque l’on cessera de prendre les banlieusards pour des citoyens de seconde zone dont le must de l’ascension sociale est d’être partenaire pour la ville ou vigile dans un magasin, quand on comprendra qu’ils ont les mêmes ambitions que les autres, qu’ils ont le droit d’accéder à des hautes fonctions comme les autres, et qu’ils en ont même les compétences, peut-être alors que les choses iront dans le bon sens.


3 commentaires

  • Je ne connaissais effectivement pas pour ma part cette notion de “partenaire pour la ville”. Faut-il donc comprendre de cette attitude que les personnes embauchées ne sont pas formées à leur nouvelle fonction pas plus qu’elle ne sont encadrées ? :-?

  • Je ne saurais dire la façon dont sont formées les personnes en place. Je ne fais donc que la supposer, au vu du résultat lorsqu’il m’est arrivé de les croiser. Sur le terrain, les partenaires pour la ville ne sont effectivement pas encadrés, je les ais toujours vu entre eux.

    Je pense que le défaut de formation, s’il y en a un, résulte avant tout du flou artistique qui entoure cette “profession”, qui me semble n’exister que pour valoriser une politique du style “Plan Banlieue”, plutôt que de réellement tenter de faire changer les choses.

    Merci de ton passage :)

  • Tu es dure avec Sarko, il a été plus beaucoup loin que Jospin, il a pris Fadela Amara dans son gouvernement…
    ;-)


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