Depuis hier, Ingrid Betancourt est partout. Nous assistons en direct à ses retrouvailles avec sa maman, et à l’instant même, avec ses deux enfants. L’avion qui atterrit, la porte de l’engin qui s’ouvre, Ingrid qui n’attend pas que sa famille sorte mais qui se précipite au sommet et enfin, les retrouvailles. Heureusement, elle a selon moi la présence d’esprit de s’engouffrer dans l’appareil pour prendre le temps de retrouver les siens un tant soit peu dans l’intimité. Moi, devant ma télé, je suis presque gênée d’assister à cela, et au-delà de la bonne nouvelle que constitue sa libération, je ne peux m’empêcher de penser intérieurement qu’il n’y a aucune différence entre le Loft ou Secret Story et le programme que nous visionnons. C’est de la téléréalité pure. Cela paraît naturel, mais ça ne l’est pas.
A présent, c’est Bernard Kouchner qui s’exprime. Il est rouge de joie, mais aussi ivre d’autosatisfaction. Il remercie au nom de Sarkozy, au nom de la France, au nom de, au nom de… Chacun tire la corde pour dire que dans cette libération, il y est aussi un peu pour quelque chose. Sur les plateaux télé, les intervenants se succèdent, mais ils disent tous la même chose. Beaucoup d’émotions, beaucoup d’émotions, beaucoup d’émotions… que d’émotion. Un tapage médiatique dont je ne comprends toujours pas la source. Hier, une fondatrice de comité de soutien pleurait de joie en affirmant qu’elle n’attendait qu’une chose, c’est de serrer Ingrid dans ses bras, tout en ajoutant qu’elle ne la connaissait pas personnellement. Ca me laisse dubitative. Je me demande, comment peut-on être amenée à ressentir cela d’une inconnue ? Je m’interroge aussi sur cette ferveur, populaire, générale, intarissable, que je salue certes, mais dont je cherche encore les raisons de la naissance et la signification. Comment et pourquoi les français ont-ils fait de cette franco-colombienne du bout du monde leur héroïne, leur star, leur icône ? C’est un symbole Ingrid, tout le monde le dit, mais un symbole de quoi ? De courage, de liberté ? N’y en a-t-il pas chez nous ? Sommes-nous si blasés que nous avons besoin d’aller jusqu’en Colombie pour se créer… du rêve. Car je crois que la réponse à mes questions se situe bien là. Le rêve. Le rêve et le glamour. Voilà les 2 paramètres pour renverser une foule. Les voilà, les opiums du peuple moderne. Ce matin sur RMC, un médecin se plaignait que nous n’évoquions pas ses malades qui souffrent aussi de toutes les hépatites du monde, ou encore ses patients étrangers et expulsés, condamnés à mourir dans leur pays parce qu’ils sont « mal nés » et dont personne ne parle jamais. Pire, que tout le monde semble approuver parce que voyez-vous, y’en a trop ici de ces foutus étrangers. Il se plaignait… et moi, j’avais envie de lui répondre « Mais non, voyons, non, tu oublies qu’ils ne sont pas glamour, et ne font pas rêver tes patients : ils viennent d’Afrique souvent, et en plus ils sont pauvres ».
Tout le monde dit que ce qui est fantastique chez Ingrid Betancourt, c’est qu’elle représente des valeurs de liberté et de courage. Si elle porte indéniablement ces qualités en elle, je ne pense pas que cela suffise pour créer un mouvement populaire comme celui que nous avons vécu. En effet, ce qui fait rêver, ce n’est pas les valeurs que l’on défend, sinon nous aurions trop de candidats. C’est surtout tout ce qu’il y a autour : cela commence par être bien né. Et oui, on ne rêve pas d’un pouilleux en France, sauf si le pouilleux est devenu entre temps immensément riche et a emprunté l’ascenseur social digne d’une des ex-tours jumelles de New York. Exemple : Bernard tapie, Zinedine Zidane, Sophie Marceau… Ingrid Betancourt avait déjà ça en elle. Ce n’est pas une pouilleuse. On dira ce qu’on voudra mais l’argent, ça fait rêver les gens. Même si les grandes fortunes sont souvent critiquées en secret, au bistro, au café des commerces, en réalité, la plupart des gens sont en admiration totale devant elles, pour le luxe, le glamour et l’inaccessibilité qu’elles représentent.
Ensuite, Ingrid est un symbole parce qu’elle représente l’idéal de vie que la société nous demande d’atteindre : C’est une jolie femme (qui a eu deux maris = vie sentimentale), une mère (= deux enfants), bien née (= issue d’une famille de sénateurs, école IEP avec de Villepin comme Maître de conférences), avec une carrière (= politicienne, candidate à la présidence d’un pays bien avant Ségolène et Hillary), et enfin indépendante (= installée en Colombie loin de sa famille avant d’être otage). Bref, elle rassemble en elle tout le fonds de commerce de nos magazines féminins, tout ce qu’ils nous exhortent de devenir dans chacun de leurs numéros semaine après semaine : Pour les femmes, Ingrid Betancourt est une héroïne parce qu’elle a réussi le pari d’être à la hauteur de cet idéal de vie, et pour les hommes, un fantasme de la femme parfaite. Le rapport avec la Colombie me direz-vous ? Euh, je le cherche encore… J’attends juste de voir la suite de l’engagement des français pour la Libertad des autres otages au cours des semaines à venir. A mon avis, je ne verrais pas grand-chose, mais sait-on jamais. A coup de glamour de paillettes, tout est possible.





5 commentaires
juillet 4, 2008 à 10:31
J’aime bien ton ton mi ironique mi sarcastique d’habitude mais là je te trouve un peu cynique. Je ne pense pas du tout que cet engouement d’amplitude national soit dû au glamour et aux paillettes d’Ingrid Bétancourt ! Je pense que ses qualités humaines, sa dignité malgré les circonstances ont touché les gens qui ont vu en elle un modèle à suivre. Le fait qu’elle soit bien né n’a rien à voir déjà parce qu’on choisit pas sa famille (pour paraphraser le chanteur français qui fait du reggae je me souviens plus de son nom bref) et puis surtout qu’il n’y avait rien de glamour à être retenu en otage pendant 6 1/2 !
Par contre le fait que la presse choisit de médiatiser tel ou tel personne, tel ou tel cause …là est le problème.
Les Française ne choisissent pas vraiment d’embrasser tel ou tel cause, ils sont sensible à ce que montre les médias.
Par contre je te rejoins sur le côté télé réalité de l’événement. Le discours qu’elle a fait ok mais après aller jusqu’à la suivre dans l’avion retrouver ses enfants…c’est une intimité violé pour moi. En même temps sa famille a suffisamment répété qu’ils doivent beaucoup aux médias alors…retour d’ascenseur normal.
juillet 5, 2008 à 9:49
Vue de loin et de la part “d’une pouilleuse” je trouve votre commentaire intéressant. Je reviendrai vous lire. Belle journée à vous. Lania
juillet 7, 2008 à 1:40
Merci, a très bientôt
Dal
juillet 10, 2008 à 10:03
j’ai laissé un commentaire. Lancé un débat de fond, c’est dommage que vous soyez passé à côté ? A moins que ce ne soit de la censure?
juillet 11, 2008 à 2:43
Bonjour Fabienne,
Non, non, pas de censure, je suis désolée, mon serveur avait enregistré vos messages en spam. Je ne les ais récupérés et en prends donc connaissance que maintenant. J’entends bien ce que vous dîtes sur Ingrid bétancourt et ses valeurs humaines de courage etc. Et comme je l’ai mis dans mon texte, je ne les lui retire pas. Avoir survécu dans la jungle pendant 6 ans, on peut en conclure qu’elle a une force morale qu’on ne peut lui enlever. Mais pour moi, ce n’est pas tant sa personne le problème car je n’ai rien contre elle, mais c’est plutôt ce qu’elle a suscité, la starification, le prix nobel, l’engouement général et incompréhensible…
Je persiste à dire que “l’humanité” d’Ingrid Bétancourt et son caractère ne sont que peu de choses dans tout ça. Pour preuve, beaucoup de gens font preuve d’autant de force et d’humanité, au quotidien, et pourtant, on n’en parle jamais. Certaines causes passionnent plus que d’autres il faut croire … alors je m’interroge sur les critères qui font que l’on en choisisse une sur l’autre. J’ai exprimé mon opinion. Mais selon vous alors, pourquoi cette médiatisation ? Comment expliquez-vous que les français se soient pris de passion pour une franco-colombienne qui oeuvre à l’autre bout du monde ? Si c’est une question d’humanité, alors pourquoi ne parle t-on pas des autres ? Est-ce que Betancourt est la seule à agir sur ce monde ?
Vous semblez mettre en cause les médias, et je suis amplement d’accord pour dire qu’ils ont leur part de responsabilité, c’est pour cela que j’ai cité les magazines féminins (qui, au dernières nouvelles, se sont empressés de mettre Betancourt en une). Mais qu’est-ce que les médias, sinon les gens qui les nourrissent ?