« Quiconque empêche l’autre de trouver ses racines est un assassin en puissance »
Entre Daniel Prévost et son public, c’est une histoire qui dure. Prenez un café avec lui du côté de Saint-Cloud, et les éloges pleuvent. « C’est un homme d’esprit, j’ai beaucoup de respect pour ce monsieur » s’enthousiasme un client de la table voisine. Avec une carrière riche de près de 90 films (comme La Vérité si je mens ! 2 ou Le Dîner de cons) et une maîtrise certaine du comique de l’absurde, Daniel Prévost a su conquérir un large public. « Les gens adorent ma façon de voir le monde, et quand ils viennent me voir, ils savent que je vais les faire rire. J’ai un public très fidèle ». Mais au-delà de l’acteur, c’est aussi l’homme qui a marqué les esprits au travers de sa vie personnelle cette fois-ci : Sa quête d’identité qui l’a mené à se découvrir à l’âge de 50 ans des origines kabyles. Une histoire douloureuse qu’il livre de façon poignante dans deux romans autobiographiques*. « J’ai décidé d’écrire mon histoire pour ajouter une pierre à l’édifice. C’est une chose fondamentale que de savoir d’où l’on vient, de connaître ses racines, et quiconque empêche l’autre de trouver ses racines est un assassin en puissance ». Pour Daniel Prévost, quiconque désigne Louise, sa mère, qui refusa toute sa vie de lui livrer l’identité de son père. C’est à 39 ans qu’il dût l’apprendre finalement par une vieille tante de la famille. « Ce n’est pas tant l’absence du père qui est terrible, mais surtout le déni d’identité. Je suis attaché à mes racines, qu’elles soient berbères ou bretonnes, mais au moins donnez-les moi, c’est tout ce que je réclame. Il y a une volonté métaphysique de savoir d’où l’on vient. Et plus on le découvre tard, plus c’est violent. Ma parole a été muette durant toute ma vie, et un jour j’ai dit ‘ça suffit !’. Mais tout cela, c’est aussi grâce à mon épouse qui m’a été d’un grand soutien ». A l’évocation d’Yvette Prévost, décédée en mars dernier durant le tournage du téléfilm « Monsieur Joseph », l’acteur ne peut contenir son émotion d’avoir perdu celle qui partageait sa vie depuis plus de 45 ans. « C’est ma femme qui voulait que je joue ce rôle… mais n’en parlons pas trop… », confie t-il, très ému. La fiction rejoint parfois étrangement la réalité, puisque Daniel Prévost y jouait le personnage de Youssef, né de père kabyle et de mère française, dont la femme disparaît subitement. Plus attendu dans des rôles comiques, cette innovation de style lui vaudra d’ailleurs une récompense lors du dernier festival de la fiction TV à la Rochelle, ainsi qu’un succès d’audience puisque le téléfilm diffusé le 19 septembre dernier sur France 2 n’a rassemblé pas moins de 6,1 millions de téléspectateurs.
A l’origine attiré par le cinéma, Daniel Prévost n’en demeure pas moins une figure symbolique du petit écran. Il y fît ses débuts dès les années 60 dans la série « Les Saintes Chéries » et les Sketches de « La Caméra invisible ». Mais c’est sans conteste en tant que chroniqueur au sein de l’émission « Le Petit Rapporteur » qu’il devint célèbre, au côté de Pierre Desproges, et de Jacques Martin, récemment disparu. « Je garde le souvenir d’un homme brillant, très cultivé, très drôle. Je le connaissais depuis longtemps, c’est une personne digne de respect qui est partie ». Jonglant entre ses rôles au cinéma, quelques one-man shows, et l’animation ponctuelle d’émissions de télé comiques telles que « La Grosse Emission » sur la chaîne Comédie !, l’acteur poursuit sa route avec toujours comme fil conducteur le rire, tel une seconde peau ou… un refuge. « L’humour a été incontestablement sauveur pour moi. Je dis des choses totalement incongrues, comme la vie peut l’être. Mais je suis en parallèle quelqu’un de très sérieux. Je ne suis pas un comique forcené, je sais que j’amuse et que j’ai un écho à travers le public, mais je ne suis pas que cela, j’ai une pensée multiple ». Ce côté sérieux, qui frise la méfiance, lui est d’ailleurs parfois reproché. « Je sais que je peux être déstabilisant, mais c’est ma nature. A certains moments, je peux déplaire à cause de cela, mais en même temps, je ne le fais pas exprès. Je suis méfiant par rapport aux propos que l’on pourrait transcrire de moi et qui ne seraient pas véridiques car cela m’est déjà arrivé, donc je fais très attention à ce que je dis… Enfin, tout cela n’est pas si grave », conclue t-il de son célèbre rire aigu qui s’élève dans la brasserie. En partant, deux serveurs viennent le saluer en lui parlant de ses livres, ou se réclamer de ses origines. « Je l’ai désiré ma célébrité, je voulais être aimé », confiait-il peu avant. Pari gagné.
*« Le Pont de la Révolte » et « Le Passé sous Silence », par Daniel Prévost, éditions Gallimard coll. Folio.




4 commentaires
octobre 30, 2007 à 1:46
merci pour cet article.
je l ai beaucoup aimé dans le film”le diner de con”
salutations
longue vie à ton blog
novembre 8, 2007 à 3:26
Merci à toi d’être passé…
décembre 16, 2008 à 5:54
J’ aimerais le contacter, pour un projet de comédie qui a bien démarré, mais la boite (Extravaganza) n’ a plus donné suite , faillite je crois. “5 piges pour 1 tige” ou les amours impossibles entre une faucheuse d ‘OGM -futée- et un préfet -crétin- , avec un rôle pour José Bové et pour Geneviève de Fontenay. Si tu me pistonnes et que cela “marche” je te pistonnerai à mon tour. Solidarité entre les petits , ne comptons pas sur les grands.Et un film utile pour le grand public désinformé.
janvier 3, 2009 à 12:17
Classe ce portrait. J’adore ce ouf malade de prévost ! quel talent !